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Susan Solomon

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

Susan Solomon

Susan Solomon

Susan Solomon fait partie des scientifiques mondialement reconnus dans le domaine des sciences du climat et de l’atmosphère. D’abord remarquée pour ses travaux en Antarctique sur la raréfaction de l’ozone, elle a depuis codirigé en 2007 les travaux du groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC). C’est en grande partie grâce à son action, que le GIEC a pu partager le prix Nobel de la Paix en 2007 avec Al Gore. En mars 2000, elle a reçu la Médaille nationale de la science qui est aux États-Unis la plus haute distinction scientifique. Membre associé étranger de l’Académie française des sciences, elle a obtenu la grande médaille de l’Académie des sciences en 2008.

Vos recherches sur le trou dans la couche d’ozone et les CFC sont comptées parmi les principaux facteurs qui ont conduit au protocole de Montréal et, par conséquent, à la reconstitution probable de la couche d’ozone. Depuis, quels sont vos travaux les plus significatifs selon vous ?

SS - Après avoir démontré l’importance des CFC et de la chimie de surface des particules stratosphériques polaires pour la raréfaction de l’ozone antarctique, j’ai poursuivi en démontrant que les CFC et la chimie de surface des particules volcaniques sont également importants. Il s’avère que ce dernier fait explique la raréfaction accrue de l’ozone qui a eu lieu après deux éruptions majeures, El Chichon au début des années 1980 et Pinatubo au début des années 1990. Avec Dave Thompson, j’ai pu ensuite démontrer que l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique affecte le climat de surface de l’Antarctique de manière inattendue. L’appauvrissement de la zone stratosphérique est si grave en Antarctique que pendant certaines saisons, il modifie la configuration des vents jusqu’au sol, avec des effets importants sur le climat. Par ailleurs, j’ai travaillé récemment pour mieux comprendre l’irréversibilité des changements climatiques dus au dioxyde de carbone. Ces travaux nous ont aidé à clarifier comment les propriétés spécifiques de ce gaz rendent ses effets de changement climatique remarquablement durables. Le changement climatique reste cependant un plus grand défi que le trou d’ozone.

Face à ce problème alarmant, quels objectifs de recherche sont les plus pressants dans les domaines de la climatologie et de la chimie atmosphérique? Quelles sont vos propres priorités de recherche actuellement ?

SS - Il est fascinant et important de comprendre comment la gamme de produits chimiques dans notre atmosphère peut influencer le climat. Les particules de suie sont potentiellement un sujet capital, et plus particulièrement la question de la suie sur la neige et le rôle qu’elle pourrait jouer dans la disparition de la couverture neigeuse, des glaciers et de la banquise. Alors que le dioxyde de carbone est le principal gaz à effet de serre, d’autres gaz sont aussi importants. Je tente de mieux comprendre les effets de cet éventail de gaz, et la durée de vie réelle de leurs impacts sur le climat. Je reste fascinée par l’interaction entre la stratosphère et le climat de surface, et une large partie de mes travaux vise à mieux comprendre l’importance potentielle de la stratosphère dans le changement climatique, pas seulement en Antarctique mais partout ailleurs.

Votre travail de recherche, d’une part, et votre rôle au sein du GIEC, d’autre part, sont des fonctions très différentes qui nécessitent des qualités différentes. Comment arrivez-vous à concilier les deux ?

SS - En fait, je préconise toujours la science rigoureuse dans tout ce que je fais. Je pense que la recherche et les progrès scientifiques ont une valeur énorme, non seulement pour la science, mais aussi pour la société, et l’enjeu central du GIEC est de communiquer les connaissances scientifiques à la société. Les deux besoins sont totalement complémentaires. Je ne préconise pas une quelconque position politique sur le changement climatique, mais plutôt la valeur de la science à travers tout. Pour moi, le rôle de la science est de fournir des informations pour que notre société puisse prendre des décisions, les plus éclairées possibles ; mais il tient vraiment à la société de décider s’il convient de limiter le changement climatique ou non. La science fournit des informations et nous espérons qu’elle contribue de manière utile à ce choix, mais il n’appartient pas à la science de choisir puisque des questions de valeurs sont en cause. Quel niveau de risque est de trop ? Pour qui ? Ce sont des questions auxquelles chacun de nous en tant qu’individu ainsi que toutes les nations devrons répondre, et elles dépendent de beaucoup plus que de la science uniquement.

Le prix Nobel que vous avez partagé en 2007 en tant que coprésident du premier groupe de travail du GIEC témoigne également du rôle extrêmement important que vous et vos collègues jouez dans la définition de questions qui nous touchent tous. Pour vous, que signifie ce prix Nobel ?

SS - Il importe beaucoup que ce prix soit un prix de la paix, et non pas un prix de physique ou de chimie. On a ainsi reconnu que la science peut contribuer aux efforts du monde pour trouver la paix. Je crois profondément que la science peut apporter de la lumière dans un monde souvent sombre, et ce prix soutient ces propos. Mais il est important de souligner que les scientifiques impliqués dans le GIEC ne partagent pas vraiment un prix Nobel ; c’est l’organisation qui a reçu le prix. Ainsi, ni moi ni personne d’autre du GIEC n’est un lauréat du prix Nobel. Le Prix reconnaît l’importance du GIEC en tant qu’institution, et non chacun des individus qui forment ce groupe de réflexion.

Vous vous êtes souvent décrite comme optimiste en ce qui concerne le changement climatique. L’êtes-vous toujours après Copenhague ? Les scientifiques peuvent-ils en faire plus pour avoir un impact sur de telles réunions politiques, en préparation pour le Mexique par exemple ?

SH - Je suis une optimiste technologique, et je suis très impressionnée par certains des progrès qui semblent émerger dans le développement de sources d’énergie renouvelables. Il est essentiel, si nous voulons éviter un réchauf-fement futur, d’éliminer mondialement le carbone de nos méthodes de production d’énergie ; pour cela rien n’est plus important que de meilleures technologies. Elles l’emportent véritablement sur la politique, à mon avis : tous les engagements de l’univers ne signifient pas grand chose s’il n’existe pas de technologies qui aident les personnes à émettre concrètement moins de carbone, s’ils le souhaitent. Un leadership international éclairé cherche des moyens pour faire avancer le monde, pas seulement à travers des traités mais aussi à travers l’éducation, la recherche et la promotion des développements technologiques ; et je vois vraiment beaucoup de progrès dans tous ces domaines en ce qui concerne le changement climatique. Quant à la politique, comme je l’ai dit précédemment, je ne crois pas que ce soit le travail des scientifiques d’inciter à l’action politique. Notre travail, c’est seulement de dire ce que nous savons et comment nous le savons, de l’expliquer aussi clairement que nous le pouvons et d’éviter les plaidoieries politiques.

Lors de votre première expédition en Antarctique vous étiez la seule femme parmi plusieurs hommes. Pensez-vous que la situation des femmes scientifiques ait évolué au cours des 25 dernières années ? Les mesures proactives menées auprès des jeunes femmes pour la promotion de la formation et des carrières scientifiques sont-elles encore nécessaires ?

SS - Pour l’expédition en 1986, j’étais la seule femme avec une équipe de 15 hommes. Il est assez rare de voir cela aujourd’hui. Donc oui, la situation des femmes scientifiques (et les hommes aussi !) a beaucoup évolué au cours de ces 25 dernières années. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher notre vigilance. Il existe toujours des préjugés contre les femmes dans la science, plus encore dans certains domaines et certains pays que dans d’autres, et la promotion de la formation et des carrières scientifiques pour les jeunes femmes restera un point important pendant encore un certain nombre d’années.

Parlez-moi de votre collaboration avec Hervé Le Treut. Vous êtes tous deux membres de l’Académie des sciences. Avez-vous aussi des liens avec l’Institut Pierre-Simon Laplace qu’il dirige ?

SS - J’apprécie beaucoup le travail du professeur Le Treut et de ses collègues de l’institut. J’ai eu l’honneur de travailler au GIEC avec certains membres de cet excellent groupe de chercheurs.

Comment percevez-vous la position de l’UPMC dans le paysage international de l’enseignement supérieur et de la recherche ?

SS - Il est clair que l’UPMC est une institution remarquable. Avec un nom pareil et une telle histoire, elle doit rester à la hauteur et construire un futur aussi brillant que son passé ; je suis persuadée qu’elle continuera à y arriver. Que représente pour vous cette distinction ? SS - J’accepte très humblement ce doctorat honoris causa. Il a beaucoup d’importance pour moi, d’autant plus que j’ai vécu en France pendant un an quand j’étais jeune et que j’éprouverai toujours une très grande affection envers ce pays.



18/03/10