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Susan Hockfield

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

Susan Hockfield

Susan Hockfield

Susan Hockfield est présidente du prestigieux MIT depuis 2005. En plus de sa riche carrière politique et administrative, qu’elle a d’abord commencée à l’université de Yale, elle a toujours poursuivi des activités de recherche. Utilisant des anticorps monoclonaux sur des extraits de cerveau, elle a découvert un gène qui joue un rôle crucial dans la propagation du cancer dans cet organe. Cette découverte a débouché sur la caractérisation d’une famille de protéines de la surface cellulaire. Elle a reçu de très nombreux prix et distinctions comme la Sheffield Medal de l’université de Yale en 2004 et le Golden Plate Award de l’Academy of Achievement en 2005.

Ce doctorat honoris causa vient récompenser l’ensemble de vos travaux et de nombreuses contributions dans le domaine des neurosciences. Selon vous, quels sont les plus significatifs ?

SH - Les travaux auxquels j’ai participé, démontrant que l’expérience peut modifier définitivement l’expression des gènes et des protéines dans le cerveau, ont fourni les premiers candidats moléculaires agissant sur la stabilisation des connexions dans le cerveau en développement. Bien que des observations anatomiques et physiologiques aient montré des modifications dépendantes de l’activité, le concept selon lequel un changement biochimique correspondant laisserait une trace permanente était tout à fait nouveau. Il s’avère que la famille de molécules que nous avons identifiée joue un rôle dans l’inhibition du remodelage du cerveau et est d’une grande importance dans son processus de développement ; elle a également des implications puissantes dans la capacité (ou l’incapacité) du cerveau mature à reconstruire des réseaux neuronaux après une blessure. L’accélération considérable du rythme de recherche en neurosciences moléculaires a permis de mieux comprendre comment ces découvertes précoces et durement gagnées sur un seul gène ou une seule protéine s’intègrent dans des systèmes complexes. En tant que scientifique, le sentiment d’avoir contribué à ajouter un autre maillon, même modeste, à la chaîne de la connaissance est très gratifiant. En tant que présidente du MIT, je ne dirige plus de laboratoire de recherche, mais je suis très optimiste au regard du travail extraordinaire de nombreux laboratoires de neurosciences au MIT et ailleurs qui déplace désormais les découvertes du laboratoire au chevet du malade. Il n’y a pas longtemps, les neurosciences étaient essentiellement des sciences descriptives, fascinantes, mais sans grand espoir d’application pratique à court terme. Aujourd’hui, avec les outils de la biologie moléculaire, des technologies comme l’imagerie fonctionnelle par résonance magnétique et la montée en puissance du calcul de pointe et d’autres stratégies de l’ingénierie, l’étude de la conscience et du cerveau fait des bonds vers le monde réel. Je suis sûre que de notre vivant, nous verrons de nouvelles avancées contre des troubles complexes et jusque-là insolubles, comme l’autisme ou la maladie d’Alzheimer.

Comment, selon vous, la situation des femmes dans le domaine de la recherche scientifique a-t-elle évolué au cours de votre carrière ? Des mesures proactives menées auprès des jeunes femmes pour la promotion de la formation et des carrières scientifiques sont-elles encore nécessaires ? Y a-t-il des exemples de telles mesures prises au MIT ?

SH - J’aimerais commencer par l’exemple d’une des professeures les plus éminentes du MIT, Barbara Liskov. Il y a quarante et un ans, elle a été la première femme aux États-Unis, et probablement au monde, à recevoir un doctorat en informatique. L’année dernière, elle a remporté le prix Turing, considéré comme le prix Nobel de l’informatique. Mais quand elle était au collège, son père lui a conseillé de prendre un cours de dactylographie, au cas où elle devrait gagner sa vie comme secrétaire. Certes, le monde a changé, et de façon à me remplir vraiment d’espoir. Cela dit, il reste des obstacles allant de la difficulté à concilier les exigences d’une jeune famille avec l’intensité d’une carrière scientifique, aux inhibitions culturelles qui font que les filles ne s’attendent pas à réussir en mathématiques et en sciences. Les étudiants et professeurs du MIT ont développé un éventail de programmes pour faire venir des collégiennes et des lycéennes sur notre campus et dans nos laboratoires, et les enthousiasmer autour de ce qu’elles pourraient réaliser dans le monde grâce à la puissance des mathématiques, des sciences et de l’ingénierie. Le MIT a officiellement commencé à admettre des femmes en 1883, mais relativement peu de femmes se sont inscrites avant les années 1960. Cette année, 45 % de nos étudiants sont des femmes, même avec notre concentration intense autour de la science et de la technologie. Nos professeures mènent des projets de recherche extrêmement impressionnants, de Maria Zuber, qui dirige un projet de 420 millions de dollars sur l’exploration de la lune avec des satellites jumeaux, à Angela Belcher et Paula Hammond, qui ont inventé de nouvelles batteries révolutionnaires qui s’assemblent elles-mêmes à l’aide de virus bénins, en passant par JoAnne Stubbe, décorée de la Médaille nationale de la Science cette année pour ses travaux qui expliquent les mécanismes d’enzymes au rôle essentiel dans la réplication et la réparation de l’ADN. La créativité et les accomplissements de ces chercheuses remarquables aident définitivement les jeunes femmes à imaginer une vie productive et épanouie dans tous les domaines de la science.

En tant que présidente du MIT, quelles sont les stratégies principales que vous appuyez afin de renforcer les partenariats avec d’autres universités et établissements de recherche à travers le monde ?

SH - Au MIT, nous suivons la curiosité de nos chercheurs. Leur quête de questions de recherche importantes et de collaborateurs productifs, est à l’origine d’une série d’engagements mondiaux significatifs, depuis l’Institut de science et de technologie de Masdar à Abu Dhabi, situé dans la ville de Masdar à zéro carbone et zéro déchets, à notre Alliance pour l’énergie à faibles émissions de carbone avec l’université Tsinghua et l’université de Cambridge, en passant par notre travail multi-facettes à Singapour, notamment le lancement récent de l’université de technologie et du design de Singapour, établie en collaboration avec le MIT, où l’intégration de la conception et de l’ingénierie fournira les bases d’un nouveau programme de formation. Si nous voulons relever les grands défis mondiaux de cette ère, il devient de plus en plus important de travailler avec des partenaires au-delà de nos frontières géographiques. La frontière de l’innovation s’étend maintenant à travers le monde ; nous devons nous engager avec d’autres plaques tournantes de l’innovation afin de continuer à être un moteur pour des idées nouvelles.

Que représente pour vous ce doctorat honoris causa ?

SH - C’est un honneur extraordinaire d’être reconnue par l’UPMC, qui n’est pas seulement la principale institution scientifique en France, mais qui est aussi l’incarnation des valeurs et des normes scientifiques de Pierre et Marie Curie, qui continuent à nous inspirer de manière incommensurable. Plus largement, cet honneur traduit une caractéristique déterminante de la vie universitaire, en particulier dans le domaine de la science et des technologies : les mêmes idées sont poursuivies en parallèle autour du globe. Dans un monde trop souvent brisé par les conflits, cette tradition d’un « intellect universel » représente une force de communion importante pour l’humanité, et un outil puissant utile à l’ambition mondiale unifiée de faire avancer le bien commun. Si nous nourrissons cet « intellect universel » en partageant nos connaissances et en tendant la main pour travailler avec des collaborateurs de l’autre côté de l’Atlantique et partout dans le monde, et si nous formons nos étudiants à apprécier la valeur de cette remarquable tradition, nous apporterons de grandes contributions à l’invention d’un avenir meilleur pour toute l’Humanité.



18/03/10