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Dennis Patrick Curran

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

Dennis Patrick Curran

Dennis Patrik Curran

Dennis Patrick Curran est l’un des chimistes les plus connus au monde. Après ses études, il s’est établi à Pittsburgh, où il a fait toute sa carrière. Auteur de près de 350 articles et détendeur ou codétenteur de plus de 35 brevets, il est l’un des pionniers de la chimie organique des radicaux libres et a fondé un nouveau domaine scientifique, celui de la chimie fluoreuse. Il a créé une entreprise qui a maintenant plus de 10 ans d’existence. Il a été, à maintes reprises, distingué par des prix dont le Cope Scholar Award (1988) et la chaire Blaise Pascal (2007).

Ce doctorat honoris causa vient récompenser l’ensemble de vos travaux et de nombreuses contributions dans le domaine de la synthèse organique. Selon vous, quels sont les plus significatifs ?

DC - Je suis très fier de nos travaux précoces, que nous poursuivons en chimie radicalaire synthétique. Je crois que nous avons été les premiers à utiliser une réaction radicalaire en cascade afin de synthétiser un produit naturel (hirsutene, en 1985). Nous avons également développé de nombreuses méthodes de synthèse basées sur le transfert de l’atome et du groupe, et avons étudié des aspects importants de la stéréosélectivité. Nous n’étions certes pas les uniques pionniers en chimie radicalaire synthétique, mais j’estime que nos travaux ont contribué à briser une barrière, ce qui a conduit à une explosion de nouvelles réactions radicalaires imaginatives qui continue encore aujourd’hui. Alors qu’une grande partie de nos recherches en chimie radicalaire a été fondamentale, d’importantes applications sont apparues. Par exemple, nous avons actuellement un composé, AR67, en essai clinique de phase II pour le traitement des tumeurs cancéreuses. Ce développement s’est produit grâce aux ouvertures que nous a dévoilées la chimie radicalaire, et que nous avons décidé d’explorer.

Quels sont les aspects les plus passionnants de vos recherches dans le domaine relativement nouveau de la chimie fluoreuse ? Existe-t-il des spécificités dans la relation entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée dans ce domaine ?

DC - L’aspect le plus passionnant de la recherche en chimie fluoreuse est de voir comment elle s’est développée dans des directions que nous n’aurions jamais imaginées au début. Par exemple, des techniques que nous avons conçues, il y a dix ans, pour une utilisation dans la synthèse de petites molécules ont maintenant été adoptées et élargies de façon imaginative pour une utilisation dans la synthèse des macromolécules, dans la protéomique, et dans de nombreux aspects de la biologie chimique. Nous avons fondé une entreprise en 2000, Fluorous Technologies, Inc (FTI), afin de commercialiser les composants de méthodes fluoreuses et de fournir de l’expertise technologique sur le marché. Leur travail, que l’on pourrait qualifier de recherche appliquée, a été essentiel pour le développement du domaine. Ils ont rendu disponibles des réactifs fluoreux fiables et du gel de silice pour des milieux de biologie synthétique et chimique. Ils sont devenus experts dans les applications de la chimie fluoreuse telles que la synthèse de bibliothèques chimiques de petites molécules. J’ai hésité à lancer l’entreprise au début, nous prenions tellement plaisir à faire de la recherche fondamentale en chimie fluoreuse que j’aurais bien voulu continuer comme ça indéfiniment. Mais nous avons bien fait. Les produits et matériaux qui ont été commercialisés par la société ont fourni rapidement de nouvelles possibilités encore plus intéressantes. En bref, la FTI a aidé le domaine entier à faire un grand bond en avant.

En tant que lauréat de la Chaire internationale Blaise Pascal, vous avez passé une année à l’UPMC en 2007-2008. Quels aspects de ce séjour vous ont marqué, tant en termes de recherches menées ici que de vie universitaire en général ?

DC - L’année à Paris a certainement été l’un des moments forts de ma vie personnelle et de ma vie professionnelle. Bien que je n’ai jamais étudié le français à l’école, cela fait deux décennies que j’essaie de l’apprendre et pour ce faire, il n’y a rien de mieux que d’être à Paris. Bien sûr, j’ai apprécié les restaurants et la vie culturelle parisienne, surtout la musique, avec ma femme qui a pu souvent venir à Paris pendant mon séjour ici. Du côté professionnel, il était aussi très agréable d’avoir un deuxième et même un troisième groupe de recherche à Paris. Max Malacria a réuni une équipe exceptionnelle de chercheurs dans son laboratoire, ce qui a créé à l’UPMC un environnement stimulant pour générer des idées et expériences nouvelles. J’ai également passé beaucoup de temps à l’ESPCI Paris Tech avec le professeur Janine Cossy et ses collègues. Cela fait 30 ans que nous sommes amis et elle est l’une des principales chimistes de synthèse en Europe. J’ai la chance d’avoir eu des interactions profondes avec à la fois le groupe Cossy et le groupe Malacria, grâce à ce long séjour. Et entre ces deux universités et les autres, Paris a tant d’autres très bons chercheurs en chimie organique. En effet, même si je comprends le système français assez bien pour voir qu’il n’est pas réaliste, je pense parfois que si toutes les universités parisiennes fusionnaient, elles auraient l’un des meilleurs laboratoires de chimie organique au monde.

En tant que chimiste américain très distingué, comment percevez-vous la position de l’UPMC dans le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche, tant au niveau européen qu’international ?

DC - Je peux vous dire avec certitude que vos professeurs et vos chercheurs en chimie organique aspirent à ce que l’UPMC soit l’un des meilleurs établissements de recherche et de formation en France, en Europe et même dans le monde entier. À l’université de Pittsburgh, notre chancelier est toujours en train de nous dire que nous devons faire plus avec moins. C’est sûr que les chercheurs de l’UPMC sont habiles pour cela ; le rapport qualité-prix pour la recherche est étonnant. De plus, la formation doctorale dépend surtout de l’attitude et de l’engagement des enseignants-chercheurs qui travaillent avec les doctorants et ici encore, l’UPMC excelle en tant qu’institution de formation.

Que représente pour vous ce doctorat honoris causa ? Envisagez-vous plus de collaboration scientifique avec l’UPMC dans l’avenir ?

DC - Ce doctorat honoris causa est certainement l’un des moments les plus marquants pour moi, à la fois personnellement et professionnellement. C’est l’aboutissement d’un long processus qui a commencé en 1987 lorsque j’ai visité la France pour la première fois sur l’invitation de Jacqueline Seyden-Penne, alors professeur de chimie organique à l’université de Paris Sud à Orsay. Je suis tombé amoureux de la France et de la langue française, et j’ai eu la chance de voir qu’il y avait une communauté française dynamique et accueillante en chimie organique. Je suis depuis retourné en France au moins une ou deux fois par an, et en tant que professeur invité une demi-douzaine de fois. J’ai le plus profond respect pour la communauté de chimie organique en France en général et à l’UPMC en particulier, et je suis extrêmement reconnaissant de recevoir ce titre. En ce qui concerne nos projets, en 2007 et 2008, j’ai envisagé une petite collaboration avec l’UPMC qui pourrait encadrer le travail d’un ou deux doctorants ou post-doctorants. Mais une fois le travail lancé à Paris, les choses ont tout simplement explosé. Le projet sur la chimie borane carbène N-hétérocyclique s’avère largement plus prometteur que ce que j’avais imaginé au départ, et nous avons maintenant plusieurs collègues y travaillant, à Pittsburgh et à Paris. Nous avons eu la chance d’obtenir un financement à la fois à Pittsburgh et à Paris, ce qui me permet de passer un peu plus de temps à Paris. Nous profitons pleinement des technologies modernes, comme la viséoconférence, afin de faire avancer la collaboration au plus vite. C’est un domaine de recherche tellement nouveau qu’il semble que chaque nouvelle expérience génère plus de questions que de réponses. Ainsi, la recherche continue à s’étendre, et ce projet et la collaboration associée seront certainement un des éléments principaux de notre programme de recherche pour l’avenir.



18/03/10