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Anne Sofie von Otter

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

Anne Sofie von Otter

Les moments phares

 Sur une carrière de plus de 30 ans, il y a bien sûr eu beaucoup de moments importants. Mais ceux qui resteront essentiels pour moi, sont ma relation avec Bengt Forsberg, mon grand ami et pianiste avec qui nous avons souvent travaillé. Mais aussi, avoir le privilège de chanter avec des chefs tels que Carlos Kleiber, Claudio Abbado, John Eliot Gardiner, Marc Minkowski, et leurs orchestres. Enfin, mon coach de chant et mon agent/manager présents tous les deux, depuis le début de ma carrière, ont été de vrais mentors.

Pour aller plus loin

Je suis très curieuse et j’ai une grande appétence pour le chant et les nouveautés musicales : Quelle musique me parle ? Laquelle me fait « tic » ? Qu’est-ce qu’elle va m’apprendre? Je partage cet état d’esprit avec Bengt Forsberg. Tout au long de ma carrière, les chefs d’orchestre, les producteurs et les promoteurs de concerts m’ont proposée des répertoires inhabituels ou inexplorés et je n’ai pas hésité à me lancer. Je trouve cela très enrichissant. Mais évidemment, j’aime aussi revenir aux grands maîtres, encore et encore.

Entre la science et les arts

Je pense que, quand on est un scientifique ou un artiste on se consacre à ce qui nous passionne, on donne notre temps, notre énergie, nos pensées et notre créativité. 

 

 

Éloge de Anne Sofie von Otter

Présenté par Jean Chambaz, président de l'UPMC

 

Monsieur le Recteur, Madame le Vice - Chancelier, Monsieur le Président, chers collègues, Certains se sont interrogés sur les motivations qui conduisent une université scientifique et médicale à décerner un doctorat honoris causa à une cantatrice comme l'a fait avant elle son université partenaire en art et humanités, Paris-Sorbonne, avec Felicity Lott.

 

C'est simplement la manifestation d'une conviction profonde que la science et l'art participent de la connaissance, de façon complémentaire et indispensable à l'humanité. Ils cherchent tous deux à questionner le monde, à l'appréhender par une démarche de recherche, basée sur une méthode, se projetant dans l'inconnu pour en faire reculer les frontières. Les modes en sont distincts, les résultats sont de nature différente. Mais qui pourrait affirmer que notre représentation du monde et de l'humanité ne combine pas les deux approches ?

 

La musique représente beaucoup à l'UPMC. Le double cursus sciences et musique proposé avec Paris-Sorbonne, les artistes en résidence que nous accueillons en partenariat avec la DRAC depuis 6 ans et en recherche avec le laboratoire d'acoustique musicale et le laboratoire de recherche de l'Ircam fondé par Pierre Boulez, aujourd'hui associé à l'UPMC et au CNRS, le projet de parcours pour artiste de haut niveau, sur le modèle de nos parcours pour sportif de haut niveau, et le projet de chaire de composition musicale sont autant d'exemples qui illustrent ces liens étroits entre notre université et le 4e art.

 

Pourquoi honorer une interprète et non une compositrice ou un compositeur ? Nous savons bien à l'université que le savoir n'est rien sans sa transmission et que l'interprète est à l'art ce que l'enseignant est à la science, un passeur indispensable dans l'activité duquel la création n'est pas absente.

 

Dès lors, le nom d'Anne Sofie von Otter devient incontournable.

 

Mezzo soprano d'exception, née en Suède, grandie en Allemagne, diplômée de la célèbre Guildhall School à Londres, Anne Sofie von Otter étudie avec la hongroise Vera Rosza, le pianiste australien Geoffrey Parsons, l'un des plus grands accompagnateurs de lieder et le viennois Erik Werba. Elle intègre ensuite la troupe de l'opéra de Bâle où elle fera ses débuts, il y a trente ans. Citoyenne d'Europe et du monde, Anne Sofie von Otter sillonne la planète à un rythme effréné, se produisant dans les plus grands théâtres et enregistrant une discographie d'une richesse exceptionnelle. Sa présence à nos côtés ce soir est un exploit et un privilège.

 

Anne Sofie von Otter sillonne aussi le monde de la musique, ayant interprété plus de 90 compositeurs, connus et méconnus, de la musique baroque aux auteurs contemporains. Son timbre exceptionnel, la couleur de sa voix, la qualité de son jeu rendent inoubliables ses interprétations. Quel travail, quelle recherche se cachent derrière l'étendue de son répertoire !

 

Ariodante, Déjanire, Sextus, Serse chez Haendel, Dido chez Purcell, c'est Ariane chez Monteverdi et Endymione chez Cavalli, et beaucoup d'autres airs des auteurs baroques.

 

Clytemnestre, Orphée et Alceste chez Gluck ; Alcinta, Lisetta et Celia chez Haydn ; c'est Cecilio, Don Ramiro, Ilia, et d'une façon unique Cherubino, Dorabella et Sesto chez Mozart.

 

Elle interprète les compositeurs du XIXe siècle : Beethoven, Spohr, Meyerbeer, Sibelius, Schubert, Schuman (« la vie et l'amour d'une femme »), Brahms, Grieg, Dvorak, Tchaïkovski, Verdi, Respighi, Wagner et tout particulièrement les lieder et symphonies de Mahler.

 

Elle explore la musique du XXe siècle avec le même appétit. L'inoubliable Octavian du Chevalier à la Rose de Strauss, La Comtesse Geschwitz dans Lulu de Berg, Judith dans le Château de Barbe Bleue de Bartok, et aussi Humperdinck, Elgar, Zemlinsky, Wolf, Britten, Kodaly, Percy Grainger, Schönberg, Korngold, Boldeman et Kurt Weill qu'elle interprètera à nouveau vendredi prochain.

 

Elle sert la musique contemporaine en interprétant Kagel, Lidholm, Sandström ainsi qu'en créant Lontana in Sonno et Lydias Sanger composés pour elle respectivement par Hillborg et Gefors en 2003.

 

Elle fait connaître les oeuvres de ses compatriotes suédois du XVIIIe au XXe siècle peu connus des mélomanes.

 

La musique française possède une place de choix dans son répertoire grâce à la qualité exceptionnelle de son phrasé. Le baroque avec les Médée de Charpentier et de Lully dont elle découvre avec étonnement « l'art de la litote et du double langage » peu familier aux Suédois ; Rameau, Lambert, Berlioz dont elle interprète Marie, Marguerite et les Nuits d'Été ; Offenbach qu'elle interprète avec son complice Marc Minkowski et dont elle est la truculente Grande Duchesse ou la désopilante Alsacienne; Bizet avec une surprenante Carmen, sensuelle, profonde et émouvante ; Ravel, Chausson, Poulenc, Saint-Saëns, Fauré, Debussy, Massenet mais aussi Reynaldo Hahn, Maurice Delage et Cécile Cheminade. Il est symbolique que cette cérémonie coïncide avec la sortie de son dernier disque Douce France.

 

Elle étend cet éclectisme gourmand qui marie soif de connaître et de transmettre à la musique pop. D'abord For the Stars avec Elvis Costello en 2001 et I Let the Music Speak avec Benny Andersson du groupe ABBA en 2006. Puis en 2010, le cycle Love Songs que Brad Mehldau a composé pour elle. Quel souvenir que ce concert à l'opéra Garnier, ce soir d'été 2010 où l'orage grondait et qui s'est achevé par une interprétation - une redécouverte - de Ferré, de Brel et de Barbara et du Calling You de Bagdad Café !

 

C'est qu'Anne Sofie von Otter inscrit souvent Paris dans ses tournées, et à l'opposé de certaines divas, elle met sa notoriété au service de jeunes musiciens. Ce fut le cas avec Il Sogno Barocco ce printemps à Gaveau avec l'ensemble Capella Mediterranea. En bis, une merveilleuse interprétation de Kate Bush en duo avec la jeune soprano suédoise Elin Rombo et une interprétation de Göttingen de Barbara qu'elle chantera à nouveau deux jours plus tard... à Göttingen.

 

Elle met également son immense talent au service du devoir de mémoire avec son complice de toujours, Bengt Forsberg, en regroupant dans un enregistrement et en concert les musiques de compositeurs juifs emprisonnés dans le camp de Teresienstadt, que les nazis voulaient présenter comme une colonie modèle, mais qui était l'antichambre des camps de la mort. Musique triste ou nostalgique, musique gaie pour aider les prisonniers à tenir par Karel Svenk, Adolf Strauss, Hans Krasa, Carlo Sigmund Taube, Viktor Ullmann, Pavel Haas et Martin Roman, le seul a avoir survécu. Ballades enfantines et chanson déchirante d'Ilse Weber, musicienne et infirmière du camp qui avait fait fuir son fils en Suède et tint à accompagner les enfants jusqu'à Auschwitz, jusqu'à la mort. Ce mois-ci, 75 ans après la Nuit de cristal, elle publie un documentaire en DVD sur ces musiciens.

 

« Musicienne d'abord, chanteuse, puis chanteuse classique » comme elle se décrit, citoyenne du monde aux attaches singulières avec la musique française et la France, Anne Sofie von Otter par son talent, sa culture, sa générosité, sa simplicité est une grande dame de notre époque. En lui décernant un titre de docteur honoris causa c'est l'université Pierre et Marie Curie qui s'honore.



10/12/13