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Nathaëlle Bouttes, lauréate 2009 de la Bourse L’Oréal

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« Les femmes ont toute leur place dans le monde de la recherche »

Nathaëlle Bouttes, doctorante en troisième année à l’école doctorale Sciences de l’environnement (ED 129Nouvelle fenêtre), est lauréate des bourses nationales L’Oréal France 2009. Créé en 2007 avec le soutien de la Commission française pour l’UnescoNouvelle fenêtre et l’Académie des SciencesNouvelle fenêtre, ce programme de bourses, intitulé « Pour les femmes et la science », est destiné à des doctorantes en dernière année de thèse. D’une valeur de 10 000 euros chacune, ces bourses visent chaque année à féliciter 10 jeunes femmes pour la qualité de leurs travaux de recherche et à les encourager à poursuivre une brillante carrière scientifique. Elles seront remises le 16 novembre 2009 au Palais de la DécouverteNouvelle fenêtre à Paris par la Fondation d’Entreprise L’OréalNouvelle fenêtre.

 

Vous êtes cette année lauréate de la Bourse L'Oreal France, avec neuf autres jeunes femmes. Pourquoi avez-vous porté votre candidature ?

Je correspondais au profil et, passionnée par mon sujet de recherche, il me semblait naturel d’avoir envie d’en parler. De plus, c’était l’opportunité de me livrer à un exercice de vulgarisation de mon travail, ce qui me paraissait utile même si je n’étais pas sélectionnée. Mais, d’être aujourd’hui lauréate symbolise une importante reconnaissance du sujet de ma thèse et de mon travail. Et grâce à la bourse, je vais pouvoir assister à des congrès à l’étranger, faire connaître mes travaux, rencontrer d’autres chercheurs qui travaillent sur les mêmes questions et même compléter le matériel informatique pour que mes conditions de travail soient optimales. Mais au-delà de l’aide financière apportée, cette bourse démontre que les femmes peuvent faire et font de la recherche. Elles ont toutes les qualités requises pour travailler dans le monde de la recherche où elles ont toute leur place.

 

Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours universitaire ?

Après un bac scientifique, j’ai suivi deux années de prépa au lycée Saint-Louis à Paris en filière PCSI/PC. J’ai ensuite intégré une école d’ingénieurs généraliste, l’ENSTANouvelle fenêtre, qui me permettait de me spécialiser en sciences sans délaisser des matières plus littéraires qui me tenaient à coeur. Depuis longtemps, j’étais très intéressée par la nature et l’environnement : mes options de deuxième année d’école m’ont confirmée dans cette direction. Puis, en troisième année, j’ai choisi de suivre la filière océanographieNouvelle fenêtre, tout en poursuivant en parallèle un master sur le climat à l’UVSQNouvelle fenêtre.

 

Aujourd’hui, vous réalisez un doctorat à l’UPMC au sein du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCENouvelle fenêtre). Quel est le sujet de votre thèse ?

Ma thèse porte sur « l’évolution du cycle du carbone au cours du Quaternaire ». L’idée est d’essayer de comprendre pourquoi en période froide (période « glaciaire » comme par exemple 21 000 ans auparavant) la concentration en CO2 atmosphérique est plus basse qu’en période chaude (période « interglaciaire » comme la période actuelle sans tenir compte de la modification due à l’activité de l’homme).

 

Pouvez-vous nous en dire davantage sur vos recherches ?

Durant les deux derniers millions d’années (le Quaternaire), le climat de la Terre n’a cessé d’osciller entre un climat froid (période glaciaire) et un climat chaud (période interglaciaire, comme actuellement). Ces variations, appelées cycles glaciaires-interglaciaires, n’avaient pour l’instant pas trouvé d’explication satisfaisante. En particulier, les carottes de glace venant d’Antarctique ont montré que les concentrations en CO2 dans l’atmosphère passent de valeurs faibles en période froide à des valeurs élevées en périodes chaudes, ce qui restait incompris malgré de nombreuses hypothèses. Or comprendre les mécanismes à l’origine de ces variations est crucial pour connaître le système climatique et chercher à en anticiper les variations futures.

A l’aide de modèles numériques de climat, nous avons testé une nouvelle théorie basée sur une circulation océanique modifiée en période glaciaire. En période froide, alors que les calottes de glace sont plus étendues, la formation de glace de mer devient plus importante. Celle-ci étant formée d’eau douce, le sel en trop est rejeté à la mer. De l’eau très salée et donc très dense est créée, qui peut alors plonger dans l’océan profond. Résultat : un fond océanique plus dense en période glaciaire, d’où un océan plus stratifié (fond dense et surface légère). Le mélange vertical devient plus difficile et les échanges entre surface et fond sont réduits. Ainsi isolé, le fond de l’océan constitue un réservoir important, capable de contenir le carbone qui n’est plus dans l’atmosphère. On peut ainsi expliquer la majorité de la baisse du CO2 atmosphérique en période glaciaire. Nous montrons en simulant ce mécanisme qu’il est effectivement très efficace et permet de rendre compte d’une grande part de la variation de CO2 dans l’atmosphère entre période glaciaire et interglaciaire.

Dans le futur, nous allons approfondir cette théorie en la testant avec un modèle de climat plus complet et en simulant la transition entre l’état glaciaire et interglaciaire. Ces connaissances viendront enrichir notre vue globale du système climatique et aideront à améliorer les modèles qui servent aussi à explorer les futurs changements climatiques.

 

Quel est votre quotidien en laboratoire ?

La majeure partie du temps, je suis sur mon ordinateur car je travaille avec des modèles numériques de climat. En pratique, je modifie un code informatique pour intégrer de nouvelles idées et de nouvelles théories. Je fais ensuite tourner le modèle pendant quelques heures et compare les sorties du modèle avec des mesures faites par des chercheurs qui vont sur le terrain (par exemple, les mesures de CO2 de l’atmosphère du passé qui viennent des carottes de glace prélevées en Antarctique). Le but est d’obtenir avec les modèles de climat des résultats proches des observations. Le reste de mon temps est partagé entre des réunions de travail, des séminaires au laboratoire ou à l’étranger, et à l’enseignement.

 

Pourquoi avez-vous choisi d'être docteur ?

Les questions qui me passionnent donnent lieu à de la recherche fondamentale. Il était donc logique de faire un doctorat. De plus, j’ai eu l’occasion de voir ce qu’était le travail de recherche lors de mes deuxième et troisième années d’école, où j’ai effectué des stages de recherche en laboratoire à l’Université de ManchesterNouvelle fenêtre et à l’Université de ChicagoNouvelle fenêtre. Ces expériences m’ont donné envie de continuer ! Puis une fois docteur, je souhaite si possible poursuivre la recherche fondamentale dans ce domaine, en travaillant cette fois-ci dans un laboratoire à l’étranger pour élargir mon horizon et découvrir d’autres méthodes de travail.