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En apnée dans les bras de Morphée… et Alzheimer ?

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Marie Pinhas-Diena, responsable de la communication scientifique l T. 01 44 27 22 89 l M. marie.pinhas@upmc.fr

En apnée dans les bras de Morphée… et d'Alzheimer ?

Votre voisin de chambrée se plaint de vos ronflements tonitruants ? Vous éprouvez une grande fatigue au réveil ? Vous souffrez peut-être du syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAS). Ces intermittences respiratoires involontaires nocturnes dont la fréquence augmente avec l’âge, peuvent avoir des conséquences cardiovasculaire, métabolique ou cognitive sur l’organisme. Kiyoka Kinugawa, maître de conférences des universités-praticien hospitalier UPMC à l’hôpital Charles Foix et membre de l’unité de recherche « Adaptation biologique et vieillissement » (B2A, UPMC/CNRS), s’intéresse, dans une démarche à la fois diagnostique et thérapeutique, aux patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Et si la perturbation de l'alternance veille-sommeil avait un lien avec la pathologie ?

 

Des signes avant-coureurs

Les signaux cliniques évocateurs du SAS obstructif sont les ronflements, la somnolence diurne excessive et les pauses respiratoires constatées. D’autres manifestations peuvent orienter le diagnostic comme les sensations d’étouffement pendant le sommeil, les réveils nocturnes, la nycturie (le fait d'uriner fréquemment durant la nuit), l’asthénie (affaiblissement de l'organisme, fatigue physique entraînant la chute), la céphalée matinale, le trouble de l’humeur, ou encore la baisse de la libido. Comme le plus souvent le patient âgé n’en fait pas la description lui-même (pas de témoin partageant le lit par exemple), et que la plupart de ces événements sont « banalisés » et masqués par des comorbidités (par exemple : polyurie nocturne et pathologie prostatique, sensations d’étouffement et dyspnée), le SAS est sous-diagnostiqué dans cette population.

 

Le syndrome

Les apnées obstructives du sommeil sont des épisodes répétés d’obstruction des voies aériennes supérieures qui entraînent une fragmentation du sommeil, des hypoxémies nocturnes (diminution de la quantité d'oxygène transportée dans le sang) et des dysfonctionnements diurnes. Malgré une forte prévalence chez le sujet âgé, ce syndrome est difficile à détecter dans cette population, en raison notamment des signes cliniques peu rapportés/détectés. Les questionnaires d’orientation diagnostique (score d’Epworth pour la somnolence diurne, questionnaire de Berlin, entre autres) ne sont pas toujours adaptés à l’identification des sujets âgés à risque. Pour améliorer le dépistage du SAS obstructif dans cette population en milieu hospitalier, un inventaire fondé sur l’observation du sommeil nocturne des patients par les infirmiers a été proposé. Mais le diagnostic final nécessite un enregistrement nocturne, de polygraphie ventilatoire ou de polysomnographie, avec plusieurs capteurs permettant de mettre en évidence ces évènements respiratoires nocturnes.

 

Le manque de sommeil favoriserait-il le déploiement de la maladie d’Alzheimer ?

En pratique gériatrique, les troubles cognitifs et le SAS obstructif sont deux pathologies fréquentes qui peuvent coexister chez le même patient. Quelques cas cliniques avec des apnées du sommeil sévères et se présentant comme une démence ont déjà été rapportés. De plus, il existe des points communs entre les troubles cognitifs du SAS obstructif et la maladie d’Alzheimer, comme par exemple l’atteinte hippocampique et les troubles de la plasticité synaptique. En outre, des études de neuro-imagerie ont révélé chez l’Homme souffrant de SAS, des atteintes vasculaires, une diminution de la substance grise et des anomalies métaboliques dans certaines régions cérébrales, ainsi que des stigmates de perte neuronale. L’idée avancée est la suivante : la sécrétion de protéines bêta-amyloïdes suivant le rythme du cycle veille-sommeil, les troubles du sommeil favoriseraient les dépôts de protéines bêta-amyloïdes, véritables empreintes de la maladie d’Alzheimer, avant même l’apparition de problèmes cognitifs.

 

Des traitements possibles ?

Les études sur l’efficacité du traitement du syndrome d’apnées du sommeil obstructif par pression positive continue montrent des résultats divergents sur la cognition. Il n’existe pas de traitement guérissant la maladie d’Alzheimer, par contre le SAS peut être traité et ainsi pourrait atténuer son impact sur certaines fonctions cognitives. Le SAS obstructif doit être considéré comme une comorbidité ou un facteur de risque à rechercher dans le cadre des bilans de détérioration cognitive d’un patient âgé, au même titre, par exemple, que les pathologies cardiovasculaires. Des études supplémentaires en recherche clinique mais aussi en recherche expérimentale sont nécessaires pour mieux caractériser cliniquement le SAS des personnes âgées, développer des outils de dépistage, comprendre la physiopathologie du SAS obstructif et son rôle dans la genèse des troubles cognitifs. Une cohorte française (cohorte S. AGES) du SAS obstructif chez les sujets âgés de plus de 70 ans a été constituée en ce sens début 2014, pour une meilleure connaissance de la pathologie, de son évolution et de ses possibilités thérapeutiques chez les sujets âgés en intégrant une évaluation gériatrique standardisée.



03/10/14