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Y a-t-il une fin pour l’âge adulte ?

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Y a-t-il une fin pour l’âge adulte ?

« Toute notre vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui », dit. Schopenhauer dans Le monde comme volonté et comme représentation (I, IV, § 57, PUF, p. 394). 88 ans, c’est l’âge moyen d’entrée en « institution pour personnes âgées ». Ce seuil est une hantise pour tous ceux qui n’y sont pas arrivés, car l’entrée en maison de retraite s’apparente à une déchirure, une rupture des habitudes et des liens, une perte d’identité. Finalement, comme le souligne le philosophe italien Norberto Bobbio, dans sa réflexion sur la vieillesse au soir de sa vie (Au ralenti), n’en apprend-on pas davantage de la vieillesse des témoignages d’hospice que d’aucun traité philosophique ? En maison de retraite, la vie oscille comme un pendule, de gauche à droite, entre la souffrance et l’ennui !

 

Des adultes « détricotés »

Est-ce une fatalité ? Les vieux perdent au fil du temps, tous les attributs de la maturité. Ils ont moins d’expérience, puisque leur rapport au monde s’esquinte, moins de responsabilité, puisque la relation aux autres s’estompe, moins d’authenticité, puisque le fil de l’identité narrative s’effiloche. Les corps prennent le pas sur les âmes. Il faut soigner, nettoyer, donner à manger, faire marcher… Les histoires personnelles, les liens affectifs, les passions, les peurs, les joies… s’effacent peu à peu pour être réduits en poussière.

 

Avant la « dernière demeure »

Doit-on choisir entre le maintien ou soutien à domicile et les maisons de retraite ? L’extraordinaire dynamisme et l’inventivité qui règnent, par exemple, dans le domaine de l’habitat pour personnes âgées prouvent que la génération suivante a bien pris les devants. Elle se plaît à rêver de résidences paradisiaques, de vies communautaires, d’activités culturelles adaptées, de lieux intergénérationnels… qui deviennent parfois des ghettos… Il règne comme un air d’utopie dans l’actuelle réflexion sur le « bien vieillir ».

 

Même diminué, même mutique, même dépendant, même à l’hospice le vieux reste existentiellement adulte, en dépit des tutelles ou des curatelles. Car, tout comme l’enfant doit être éduqué en pensant à la grande personne qu’il sera demain, même s’il en semble bien éloigné, le vieillard sénile doit être soigné et considéré en pensant à la grande personne qu’il fut hier, même s’il semble l’avoir oublié. À tout âge, la maturité est présente : soit comme horizon, soit comme histoire, mais toujours comme le socle irréfragable de l’humanité.



28/07/14