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Changement climatique, pollution et santé quelles interactions ?

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Marie Pinhas-Diena, responsable de la communication scientifique l T. 01 44 27 22 89 l M. marie.pinhas@upmc.fr

Changement climatique, pollution et santé : quelles interactions ?

Acidification des océans, augmentation du niveau des mers ou perte de biodiversité sont des exemples connus des conséquences actuelles du changement climatique. Mais si son impact sur l’environnement n’est plus à prouver, son action sur la santé publique offre encore un vaste terrain de recherche. Canicules, pathologies infectieuses ou chroniques et cancers sont autant de facteurs qui prennent de l’ampleur et qui ont un impact à la fois sociétal et économique. D’après une étude menée par Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm et son équipe de l’institut Pierre Louis d'épidémiologie et santé publique (iPLESP, Inserm/UPMC), les dépenses de la sécurité sociale pour le traitement des pathologies en lien établi avec la pollution de l’air sont aujourd’hui estimées entre 1 et 2 milliards d’euros !

 

© Laurence Eymard

 

La double action du réchauffement climatique

L’impact du réchauffement climatique sur la santé est aujourd’hui de plus en plus indéniable. Son premier niveau d’action, direct, commence par le biais des variables météorologiques. Le changement climatique est caractérisé par des événements extrêmes marqués par des épisodes très froids ou très chauds comme la canicule en 2003 par exemple, et qui sont à l’origine d’une hausse de la mortalité. La sécheresse et les feux de bois qu’elle peut entrainer facilitent la production de particules fines en suspension dans l’air à l’origine d’affections chroniques et cancérigènes pour l’Homme. Le réchauffement climatique a une action directe sur la santé respiratoire par le biais de la hausse ou de la baisse de la température résultant d’événements climatiques extrêmes, mais aussi indirecte en influant sur les facteurs de risque des maladies allergiques et respiratoires. Par le biais de l’élévation de la température et de l’ensoleillement, on assiste à l’augmentation de la production de certains polluants dits secondaires et responsables de plusieurs pathologies. « Pour qu’il y ait production de polluants secondaires, notamment l’ozone, gaz à effet de serre, il faut une réaction chimique entre des rayons ultraviolets du soleil et des polluants déjà existants, appelés polluants primaires. Leur toxicité est bien supérieure à celle de ces polluants initiaux. Il y a alors production d’ozone. Le changement climatique agit ainsi sur la pollution de l’air en accentuant la pollution dite chimique » rappelle Isabella Annesi-Maesano.

 

Mais il agit aussi sur les biocontaminants, agents polluants d’origine biologique. « Prenons le cas d’un allergène, le pollen. Sa quantité dans l’air et la durée de la pollinisation augmentent, avec la hausse des températures. On sait aujourd’hui avec certitude qu’il y a une interaction pollen-pollution et que la synergie des deux est influencée par le réchauffement climatique » explique la directrice de recherche. De ce fait les personnes déjà sensibles à ces épisodes de pollution se retrouvent plus longtemps exposées. Tout comme le pollen, les moisissures sont aussi de très bons témoins de l’effet du changement climatique sur la pollution dite biologique. Présentes à l’intérieur des habitats comme à l’extérieur leur multiplication dépend d’une hygrométrie élevée. Ainsi les évènements extrêmes plus fréquents avec le changement de climat comme de fortes pluies par exemple peuvent apporter beaucoup d’humidité. Ils créent ainsi des conditions propices à leur prolifération.

 

La pollution de l’air, un danger pour la santé

L’impact du réchauffement climatique sur la santé n’aura de cesse d’augmenter dans les prochaines années sans mesures de santé publique adéquates. Deux types de scénarios sont principalement envisagés. Premièrement, une augmentation des maladies liées à la pollution atmosphérique tels que les cancers du poumon ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie invalidante et conduisant au décès de la personne. « La BPCO est une maladie liée à la fois à la pollution intérieure et extérieure, à l’exposition professionnelle ou encore au tabac. En 2030, elle deviendra la troisième cause de décès dans le monde » précise Isabella Annesi-Maesano. Les seconds scénarios, eux, prédisent une augmentation des allergies et des maladies telles que l’asthme.

 

Afin d’approfondir leur connaissance sur les impacts du réchauffement climatique sur la santé, certains chercheurs, dont Isabella Annesi-Maesano, font aujourd’hui appel à un nouveau concept appelé l’exposome. « Il s’agit de mesurer les expositions qui affectent un seul individu tout au long de sa vie en faisant la somme dans le cas de la pollution de l’air de l’ensemble des expositions réelles par exemple au domicile, au travail, ou encore dans sa ville. Ces études se font à l’aide d’outils comme des capteurs individuels, et de modèles de dispersion des polluants sophistiqués, explique la chercheuse. À ce jour, les personnes âgées et les enfants restent les sujets les plus faciles à suivre car plus statiques. » Le but de ces investigations ? Comprendre le développement des pathologies et aider les pouvoirs publics dans la prise de décisions et la mise en place de politiques de santé efficaces. En France, certaines villes comme Paris, Grenoble, Lyon ou Nice dépassent régulièrement les seuils européens de pollution fixés. C’est également le cas dans d’autres villes d’Europe comme Barcelone par exemple, où le niveau de pollution par particules fines est très élevé. Comme l’explique l’épidémiologiste : « En abaissant son niveau de pollution par les particules fines dans l’air, la ville de Barcelone pourrait faire gagner 14 mois d’espérance de vie à ses concitoyens ! »

 

L’environnement, les différents agents pathogènes, le régime alimentaire, les inégalités environnementales en termes d’expositions aux facteurs de risque, les inégalités d’accès aux soins ou le comportement individuel sont des déterminants de la santé qui constituent l’exposome et qui témoignent de la complexité du sujet. Les individus ne sont donc jamais exposés de manière égale aux problèmes de santé. De manière générale, la prise de conscience du publique sur les dangers du changement climatique et de la pollution de l’air sur la santé reste faible. « Il y a un manque d’éducation et de sensibilisation sur cette question, analyse Isabella Annesi-Maesano. Mais si le sujet climat/santé n’était que peu médiatisé jusqu’ici, la tendance semble s’inverser avec l’avènement de la COP 21 ».

Pour en savoir plus :

Institut Pierre Louis d'épidémiologie et santé publique (iPLESP, Inserm/UPMC)Nouvelle fenêtre



09/09/15