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Nadia Rosenthal

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

Nadia Rosenthal

Nadia Rosenthal

Nadia Rosenthal s’est distinguée dans le domaine de la recherche musculaire et cardiaque. Formée à Harvard, elle a par la suite créé un laboratoire à Boston. C’est en biologie moléculaire du muscle qu’elle occupe alors une des premières places. Elle prend plus tard la direction du Laboratoire européen de biologie moléculaire et rejoint au même moment un grand centre de cardiologie à Londres. En 2008, elle fonde un important centre de recherche en Australie : l’Institut australien de médecine régénérative. Habituée des prix et des distinctions, elle a reçu en 2002 le Ferrari-Soave Prize in Cell Biology de l’université de Turin.

Ce doctorat honoris causa vient récompenser l’ensemble de vos travaux et de nombreuses contributions dans le domaine de la biologie régénérative et de la recherche autour des cellules souches. Quels sont les plus significatifs selon vous ?

NR - La médecine régénérative est un domaine relativement récent mais en plein essor, qui recouvre les mécanismes par lesquels les organismes adultes restaurent leur forme et leur fonction aux tissus et aux organes endommagés. Nous avons obtenu des résultats considérables qui nous ont permis d’avancer vers nos objectifs, comme trouver des techniques pour restaurer une partie de la capacité régénérative des tissus mammaliens, phénomène qui se produit naturellement dans les embryons mais qui s’arrête après la naissance. Nous avons travaillé sur des souris afin d’exprimer les facteurs spécifiques qui régénèrent les muscles, et qui permettent à la souris de se remettre complètement des blessures, de résister aux maladies musculaires et de défier les processus de vieillissement. Ces travaux proposent des pistes significatives sur le plan clinique au niveau de la prévention des maladies liées aux déficiences musculaires, comme dans la dystrophie musculaire ou l’insuffisance cardiaque. Ces résultats nous éclairent sur les processus de mobilisation des cellules souches à travers le corps, ainsi que sur leur prise de fonctions spécialisées dans les tissus. En améliorant la nature, nous espérons améliorer les pratiques de la médecine.

Quels sont vos futurs projets et objectifs de recherches ?

NR - J’ai toujours voulu revenir à la biologie du développement (dont les modèles me fascinent depuis mon enfance) pour y appliquer les outils de recherche génétique que j’ai appris entre-temps. Les vertébrés inférieurs peuvent réinitialiser le développement cellulaire et régénérer des membres entiers, comme les nageoires, la queue, la mâchoire ou même des parties du coeur. En revanche, nous humains ne pouvons pas régénérer beaucoup plus de cellules que l’équivalent du bout de notre doigt. Tous les organismes ont des capacités fondamentales de régénération, mais chez les vertébrés supérieurs la régénération semble être entravée par la formation de cicatrices, par l’insuffisance des réserves de cellules souches, ou par un manque de structuration dans les tissus de remplacement sur la plaie réparée. J’aimerais mieux comprendre les processus de régénération de divers organismes pour pouvoir améliorer notre propre capacité à régénérer nos organes ou nos tissus en cas de détérioration ou de maladie. À l’avenir, je compte appliquer certains des principes que nous avons décelés en étudiant la souris, à d’autres organismes plus régénératifs, tels que le poisson ou la salamandre. Nous pourrons rapidement progresser puisque l’amélioration des techniques de séquençage de l’ADN et la manipulation génétique plus sophistiquée ont révélé l’empreinte génétique de ces animaux. En fin de compte, les mécanismes spécialisés dans ces organismes peuvent nous en dire long sur les obstacles auxquels nous sommes confrontés en médecine régénérative.

En plus de vos activités de recherche, vous avez dirigé des équipes et des instituts de recherche sur trois continents. Selon vous, quels sont les défis majeurs des chercheurs, d’une part, et des établissements de recherche, d’autre part, générés par l’actuel environnement scientifique mondialisé ?

NR - Je ne saurais mieux répondre à cette question qu’en utilisant la génétique des souris comme exemple. Pendant les dix der- nières années, la communauté de recherche sur la génétique des souris est passée d’une liste d’individus éparpillés, travaillant chacun sur un gène ou un groupe de gènes, à un consortium extrêmement interactif avec des financements internationaux et qui établit collectivement des objectifs à long terme visant à réaliser un panel génétique complet de la physiologie et la pathologie des mammifères. La mise en place d’une initiative de génomique fonctionnelle systématique de la souris n’aurait jamais pu naître de la réflexion d’un seul chercheur ou d’un seul institut, et a déjà aujourd’hui un impact majeur sur le développement de nouvelles thérapeutiques basées sur l’identification de gènes cibles. La démarche collective porte également ses fruits pour les chercheurs individuels qui peuvent à présent commander une souris knock-out à un prix raisonnable et en un temps bien moindre que s’ils l’avaient conçue eux-mêmes. Ces avancées ont d’importants impacts sur les programmes de financement futur. Les chercheurs européens, à l’avant-garde de la recherche en génomique des mammifères à travers le développement de leurs outils basés sur la souris, sont maintenant bien placés pour mener des recherches biomédicales pendant les dix prochaines années, grâce peut-être à des compétences collaboratives très développées. Mais nous ne pouvons pas agir seuls. Les prochaines étapes doivent désormais être examinées collectivement en Europe et à l’étranger. Une approche concertée capitalisant sagement sur l’investissement européen déjà réalisé dans ce domaine sera clairement plus rapide et plus efficace financièrement pour répondre aux grandes questions des pathologies humaines.

Comment la situation des femmes dans le domaine de la recherche scientifique a-t-elle évolué au cours de votre carrière? Les mesures proactives menées auprès des jeunes femmes pour la promotion de la formation et des carrières scientifiques, sont-elles encore nécessaires ?

NR - En tant que scientifiques, nous sommes tous mordus par le même défaut de curiosité universelle et avons tous la même crainte de l’échec personnel, mais les femmes portent un fardeau supplémentaire : la discrimination. Comme la féministe Gloria Steinem a dit récemment, celui qui pense que la société d’aujourd’hui est à l’aise avec les femmes en position de pouvoir a besoin de lunettes. En ce début du xxie siècle, nous sommes en général à l’aise avec la notion abstraite qu’une femme ait autant le droit de satisfaire sa curiosité scientifique qu’un homme. Les chercheuses en sciences de la vie abondent dans les établissements universitaires, du moins jusqu’à ce que les postes, l’argent et l’espace atteignent une certaine limite (en général au niveau du professeur associé) ; puis d’un coup, le taux de déperdition augmente honteusement. Et ce n’est pas seulement une question d’enfants. Il y a beaucoup de femmes sans enfant qui abandonnent, et celles qui ont atteint des positions de pouvoir dans leur métier sont tout aussi susceptibles d’avoir ou non des enfants. Il y a mille manières, plus ou moins subtiles, de décourager une jeune chercheuse pour la détourner des joies de la découverte et la dissuader de demander plus de place ou de soutien quand elle en a clairement besoin et qu’elle le mérite. Il est également important d’identifier nos propres obstacles. Nous ne sommes pas toutes suffisamment équipées pour faire face à la concurrence, sur les postes, les promotions ou les publications ; et la concurrence est une constante dans la recherche. Par-dessus tout, nous devons reconnaître le pouvoir que donne un financement de recherche externe, et savoir en demander assez. Comment donc pouvons-nous promouvoir un sentiment d’ayant droit parmi les femmes dans la science ? C’est un problème complexe qui nécessite beaucoup plus d’attention qu’il n’a pu en recevoir jusqu’ici. Toute stratégie que nous développons ou employons pour survivre et prospérer doit commencer par saisir l’opportunité au bon moment et l’utiliser à notre avantage. La patience n’est pas la vertu que j’inciterais ici, mais plutôt une intolérance obstinée du compromis personnel. Cela requiert une habile élaboration de stratégies pour continuer à faire ce qui nous intéresse, face au passage de modes et au financement instable. Mais au centre de tout il doit y avoir une passion personnelle pour la science.

Que représente pour vous ce doctorat honoris causa ? Envisagez-vous d’autres collaborations scientifiques avec l’UPMC ?

NR - Ce doctorat représente la reconnaissance de mes pairs scientifiques, un des honneurs les plus importants que l’on puisse recevoir dans la recherche. En ce qui concerne les collaborations, elles naissent entre les personnes plutôt qu’entre les institutions. Je suis très enthousiaste à l’idée d’en apprendre davantage sur les chercheurs de l’UPMC, ainsi que de forger des connexions autour de mon propre travail et de celui de mes collègues de l’EMBL.



18/03/10