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Mario Tokoro

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

Mario Tokoro

Mario Tokoro

Informaticien, spécialiste des systèmes répartis, il a été professeur à l’université Keio, à Tokyo, jusqu’en 1997, puis vice-président de Sony jusqu’en 2008. Il a fondé Sony CSL en 1988, pour en faire un laboratoire d’excellence au niveau mondial, qui met en acte sa vision du développement scientifique, avec une branche à Paris en 1996. Son dernier livre Open Systems Science from Understanding Principles to Solving Problems (2010) traduit l’évolution de ses centres d’intérêt. Il a reçu le Contribution Award de la Japan Society for Software Science and Technology (2004). En 2005, l’ambassadeur de France à Tokyo lui a remis les insignes d’officier dans l’ordre national du Mérite.

Par le passé, vos recherches ont contribué de manière considérable à la programmation concurrente orientée objet et la programmation/ simulation à base d’agents, aux réseaux informatiques et à l’Internet. Actuellement, sur quoi se concentrent vos activités de recherche ?

MT - Le sujet de recherche auquel je consacre la plupart de ma passion et de mon temps actuellement, c’est la nouvelle méthodologie que j’appelle Open Systems Science (la science à systèmes ouverts). Les sciences ont avancé par la méthodologie que l’on appelle le réductionnisme, qui définit d’abord le domaine d’un problème, réduit ensuite le problème de façon à exposer sa vraie nature, et découvre enfin les principes de base du domaine. Lorsque le domaine d’un problème est trop lourd pour qu’il soit facilement réduit, il est divisé en sous-problèmes de sous-domaines qui sont soumis au même processus de réduction afin de découvrir leurs principes de base. Le problème initial est résolu en combinant les résultats des sous-problèmes. Cette méthodologie a énormément contribué aux progrès scientifiques et à l’évolution technologique jusqu’à la fin du XXe siècle. Toutefois, il existe encore de nombreux problèmes qui attendent d’être résolus. Ces problèmes se caractérisent comme étant énormes, complexes et en constante évolution, de sorte qu’il n’est pas facile à décomposer un problème en sous-problèmes simples. Un exemple typique est le problème de la durabilité de la Terre, qui implique l’énergie, le climat, la population, l’alimentation, la biodiversité, les écarts, la sécurité, etc. Nous avons appris que des solutions indépendantes des sous-domaines ne peuvent résoudre le problème entier. Un autre exemple est le problème de la vie et la santé. Des maladies qu’on aurait cru avoir déjà pu régler, comme le cancer, les troubles métaboliques, et l’immunodéficience, sont très étroitement liées au système de vie, qui ne peut pas être facilement décomposé et recomposé. Un autre exemple est la sécurité et la fiabilité des gigantesques infrastructures d’information en réseau. Ces infrastructures sont censées fournir des services en permanence et, si un incident se produit, doivent être restaurées rapidement avant d’avoir un effet majeur sur la vie quotidienne des gens. Il n’est pas facile de définir le domaine de ces problèmes et l’hypothèse du système fermé n’y tient pas. Par conséquent, l’approche réductionniste ne peut pas être appliquée : ce sont des problèmes à systèmes ouverts. Bien que nous ne puissions pas résoudre ces problèmes en utilisant la méthode réductionniste, leur résolution est vitale. J’estime que pour traiter des problèmes à systèmes ouverts nous avons besoin d’une méthodologie entièrement nouvelle. Une des difficultés pour traiter des problèmes à systèmes ouverts, c’est qu’il est impossible de prendre le point de vue d’un observateur externe. Autrement dit, nous ne pouvons pas arrêter un système pour observer son comportement. En outre, nous n’avons qu’une vue partielle des divers problèmes de tout le système, nous ne savons donc pas quel objectif il faut optimiser et contrôler. Dévoiler davantage le système nous permet de mieux comprendre ce qu’il faut optimiser et contrôler. Par conséquent, nous devons envisager un système dans son axe temporel et faire un effort continu pour gérer le système pour que la situation s’améliore.

En tant que président des Laboratoires Sony Computer pensez-vous qu’il y ait une collaboration suffisante entre les établissements de recherche privés et publics ? Comment ces échanges pourraient-ils être renforcés ?

MT - Il existe différentes étapes de recherche : la recherche fondamentale de première phase, la recherche fondamentale ciblée, la recherche appliquée, le développement et la valorisation, et la fabrication. La recherche publique est plus performante pendant les premières étapes, l’industrie pendant les étapes ultérieures. J’ai observé qu’il existe de nombreuses collaborations fructueuses dans les premiers stades de la recherche, mais moins dans les étapes ultérieures. Cette tendance est induite par le régime uniforme de collaboration, quel que soit le stade de recherche. Les programmes de collaboration devraient être différenciés selon les étapes de recherche. L’importance majeure dans les collaborations publiques-privées est de comprendre la force de chacun des participants.

Comment votre collaboration avec le LIP6 (Laboratoire d’Informatique de Paris 6) a-t-elle commencé ?

MT - De concert avec mes recherches sur la programmation concurrente orientée objet et les systèmes multi-agents, mes activités et réalisations ont été reconnues par les communautés concernées en Europe et j’ai commencé à communiquer avec elles de plus près. Parmi celles-ci, la communauté française était l’une des plus pointues, et j’ai collaboré à divers titres avec des chercheurs français, notamment ceux de l’UPMC, dirigés par Jean-Pierre Briot et Jean-François Perrot. Par exemple, j’ai participé de manière contiguë à l’ECOOP (European Conference on Object-Oriented Programming) depuis 1987, et j’ai contribué à la création de l’Association internationale pour les technologies objets en 1992, qui est devenu l’organisme de financement de l’ECOOP. J’ai également contribué à la création de l’International Foundation on Multi-Agent Systems (IFMAS). Sur l’invitation de Jean-François Perrot et Jean-Pierre Briot, j’ai été professeur invité à l’UPMC d’août à septembre 1992 et j’ai donné une série de conférences sur les technologies objet. En 1996, la création de l’agence parisienne des Laboratoires Sony Computer m’a permis d’encourager la collaboration entre l’UPMC, les SCL et les communautés de recherche au Japon. En 2005, j’ai été nommé officier de l’ordre national du Mérite de la République française pour ma contribution à la recherche en informatique et à la promotion de la collaboration entre la France et le Japon.

En tant que chercheur japonais du plus haut niveau, que représente pour vous l’UPMC dans le paysage international de l’enseignement supérieur ?

MT - Je reconnais que l’UPMC est vraiment une des premières universités de recherche en Europe et dans le monde. J’espère donc vivement que davantage d’étudiants japonais puissent étudier à l’UPMC, que plus d’échanges de recherche entre l’UPMC et les universités japonaises prennent forme, et que davantage de collaborations en R & D se développent entre l’UPMC et l’industrie japonaise. Je serai très heureux de soutenir de telles activités et je suis très honoré de recevoir ce doctorat honoris causa de l’UPMC.



18/03/10