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John Ball

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

John Ball

John Ball

Sedleian Professor of Natural Philosophy à l’université d’Oxford, Royaume-Uni Sir John Ball est au premier rang des spécialistes mondiaux de l’élasticité non linéaire, du calcul des variations, de la théorie mathématique des matériaux et, plus généralement, des mathématiques appliquées. Il a reçu de nombreux prix et distinctions : nommé Fellow of the Royal Society of London (Académie des sciences britannique) depuis 1989 et membre étranger de l’Académie des sciences de Paris depuis 2000.

Ce doctorat honoris causa vient récompenser un ensemble de travaux et de nombreuses contributions dans les domaines du calcul des variations, des équations aux dérivées partielles non linéaires, des systèmes dynamiques de dimension infinie et de leurs applications à la mécanique non linéaire. Quels sont les plus significatifs selon vous ?

JB - Comme de nombreux autres chercheurs, j’ai plutôt tendance à m’enthousiasmer pour mes travaux les plus récents. Toutefois, mes contributions étaient sans doute meilleures quand j’étais plus jeune ! Mes travaux sur l’élasticité non linéaire, dont les équations ont d’abord été écrites par Cauchy vers 1822, ont établi pour la première fois l’existence de configurations minimales de l’énergie du matériau sous conditions réalistes. Nous savons encore très peu de choses sur ces configurations, par exemple si elles varient ou pas de manière régulière de point en point. Néanmoins, en essayant à défaut de prouver ceci, j’ai trouvé, avec le défunt Vic Mizel, des exemples unidimensionnels surprenants, dont les fonctions minimales ne satisfont pas l’équation d’Euler-Lagrange. Plus tard, influencés par Jerry Ericksen, Dick James et moi avons étudié des cas sans configuration minimisant l’énergie, montrant que l’on pourrait ainsi comprendre les microstructures résultant des transformations d’une phase solide. Ces travaux restent encore recevables aujourd’hui.

Pourriez-vous décrire vos recherches actuelles en mathématiques des cristaux liquides ?

JB - Je travaille sur différents aspects de la théorie Q-tenseur des cristaux liquides, que l’on doit au grand chercheur français Pierre-Gilles de Gennes et qui décrit l’ordre orientationnel des molécules de cristaux liquides en bâtonnets par un paramètre d’ordre tensoriel, alors que la théorie couramment utilisée d’Oseen-Frank le fait en termes de champ vectoriel. Curieusement, il n’y a pas eu beaucoup de travaux mathématiques sur la théorie du Q-tenseur, ce qui laisse de nombreuses questions mathématiques inexplorées. Avec Arghir Zarnescu, j’étudie la relation entre cette théorie et celle d’Oseen-Frank, qui a des aspects topologiques, tandis qu’avec Apala Majumdar, je regarde ce qui préserve les contraintes physiques pesant sur les valeurs propres du Q-tenseur.

Ces travaux ne touchent pour l’instant qu’à des enjeux théoriques fondamentaux, mais peut-être qu’il y aura quelques applications pratiques à terme. Vos nombreuses distinctions ainsi que votre rôle d’ancien président de l’IMU et celui de président actuel du CIEC font de vous un porte-parole international important pour les mathématiques. À votre avis, quelles sont les questions les plus importantes aujourd’hui en matière de mathématiques au niveau international ?

JB - Une question importante, qui ne touche pas seulement les mathématiques, est l’utilisation croissante de systèmes métriques pour évaluer la recherche, comme les facteurs d’impact des publications. Ceci conduit à des pratiques immorales telles que la manipulation de ces facteurs, et menace les chercheurs individuels dont l’évaluation par de telles statistiques ne peut pas rem- placer de manière fiable l’évaluation par les pairs. Le nombre d’étudiants en mathématiques ainsi que la qualité de leur formation à tous les niveaux sont des préoccupations persistantes, la première étant étroitement liée à un manque de compréhension populaire des mathématiques et de leur importance pour la société. Naturellement, l’aptitude pour les mathématiques dépasse les frontières géographiques et il reste beaucoup à faire avant que les possibilités offertes pour développer ce talent ne dépendent plus de l’endroit où l’on naît.

Pensez-vous qu’il existe une interaction suffisante entre la communauté des mathématiciens avec d’autres disciplines, pour lesquelles les mathématiques sont extrêmement importantes? Quelles évolutions structurelles proposeriez-vous pour encourager davantage cette interaction ?

JB - Plus les sujets scientifiques sont maîtrisés et plus ils deviennent mathématiques ; c’est l’une des raisons pour lesquelles les mathématiques jouent un rôle de plus en plus important en sciences de la Vie. De façon plus réaliste, c’est auprès des jeunes chercheurs que le renforcement de cette interaction doit être abordé. Les jeunes chercheurs en sciences de la Vie, par exemple, ont besoin d’une bonne formation mathématique, tout au moins suffisante pour comprendre la valeur des modèles mathématiques, alors que les mathématiciens ont besoin de rencontrer une large gamme d’applications pendant leur formation et de s’entraîner à briser les barrières linguistiques entre les disciplines.

Pourriez-vous parler de votre collaboration scientifique avec François Murat et le Laboratoire Jacques-Louis Lions ?

JB - Quelques méthodes de résolution des problèmes aux limites non-linéaires de Jacques-Louis Lions, était l’un des premiers livres que j’ai étudié en troisième cycle ; j’ai donc été très tôt attiré par l’approche française des mathématiques. Puis, peu après avoir prouvé mon théorème d’existence de l’élasticité non-linéaire, j’ai réalisé que ces méthodes étaient étroitement liées à celles de la théorie de la compacité compensée, développée par Luc Tartar et François Murat. J’ai donc visité plusieurs fois le Laboratoire d’analyse numérique, comme on l’appelait à l’époque, y compris pour une année sabbatique en 1987-1988. Ce fut le début de ma collaboration autour du calcul des variations avec François, ainsi que d’une amitié profonde et durable. Depuis, je retourne régulièrement à Paris et au Laboratoire Jacques-Louis Lions.

Bien que les mathématiques soient la langue universelle de la science et des technologies, les étudiants et les chercheurs doivent utiliser d’autres langues pour en discuter. La barrière linguistique vous a-t-elle posé problème pendant vos séjours à Paris ? Pensez-vous que les universités et les chercheurs anglophones soient injustement avantagés lors de leur évaluation ?

JB - Heureusement, je parle convenablement le français, et je n’ai donc pas senti de barrière linguistique. Bien sûr, le fait que l’anglais soit la langue scientifique internationale donne un certain avantage à ceux pour qui l’anglais est la langue maternelle. La plupart des mathématiciens français que j’ai rencontré parlent assez bien l’anglais et de nombreux séminaires sont en anglais (surtout si des étrangers sont présents),mais il est certain que les étrangers qui parlent français profitent plus d’un séjour scientifique à Paris que ceux qui ne le parlent pas. De plus, la très bonne réputation des mathématiques françaises au niveau international montre bien que la question de la langue n’est pas vraiment un problème pour les Français.

En tant que mathématicien britannique très distingué, comment percevez-vous la position de l’UPMC dans le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche, tant au niveau européen qu’international ?

JB - Paris est, sans aucun doute, le principal centre international d’études des équations aux dérivées partielles, et le Laboratoire Jacques-Louis Lions, plaque tournante de cette activité, reste l’un des meilleurs départements de mathématiques appliquées dans le monde. C’est, bien sûr, le département de l’UPMC que je connais le mieux, mais l’université est clairement un acteur très important sur la scène mondiale.

Que représente pour vous ce doctorat honoris causa ? Envisagez-vous à l’avenir de continuer votre collaboration scientifique avec l’UPMC ?

JB - Je suis ému de recevoir un doctorat honoris causa de cette institution prestigieuse avec laquelle j’ai développé une association si étroite et si fructueuse au cours des années. Je continuerai ma collaboration sans aucun doute et viendrai souvent rendre visite !



18/03/10