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Edward M. De Robertis

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

Edward M. De Robertis

Les moments phares

En 1984, nous avons isolé le premier gène homéotique d’un vertébré en collaboration avec Walter Gehring. Puis en 1991, nous avons isolé le premier gène impliqué dans le phénomène de l’organisateur de Spemann qui explique l’induction de types de tissus embryonnaires. Notre travail sur Chordin, une protéine sécrétée par l’organisateur de Spemann, a fourni un paradigme pour la signalisation cellulaire extracellulaire par les gradients de morphogènes.

Les challenges à venir

L’évolution du développement (Evo- Devo). Les gènes à l’origine de l’embryon ont été conservés chez tous les animaux bilatéraux. Reconstruire la trousse à outils génétique, à partir de laquelle la grande diversité des formes d’animaux a été assemblée, sera un jour possible grâce aux progrès dans le séquençage de l’ADN.

Avec l’UPMC

J’ai eu deux étudiants français au sein de mon laboratoire, accompagnés de leurs directeurs de thèse de l’UPMC. Merci beaucoup. En outre, en 1974, le professeur L. Gallien m’a donné certains de ses salamandres Pleurodèles que nous avons utilisés comme pionnier pour des études de reprogrammation nucléaire avec John Gurdon. J’ai aussi beaucoup apprécié deux années sabbatiques merveilleuses à l’Institut d’Embryologie avec Nicole Le Douarin. Et comme tant d’autres, j’adore Paris.

Ma devise

Lorsque vous démarrez un doctorat ou une formation postdoctorale, toutes les possibilités vous sont ouvertes. Appliquez-le au meilleur laboratoire. Étudiez la littérature et réfléchissez à quels documents vous auriez aimé avoir écrit vous-même, avant de décider où aller. Une carrière scientifique offre une vie merveilleuse, tant que la curiosité ne cesse de vous piquer. 

 

Éloge du professeur Edward M. De Robertis

Présenté par Catherine Jessus, directrice de l’Institut des Sciences Biologiques, CNRS

 

C’est un immense honneur et un grand bonheur de vous présenter dans ce cadre magnifique et prestigieux une sommité de la biologie du développement, le professeur Edward De Robertis. Il est l’un des leaders mondiaux de ce domaine, et ses travaux ont à la fois permis de poser des concepts mais aussi d’identifier les mécanismes moléculaires précis en œuvre lors de l’embryogenèse. Les travaux d’Edward De Robertis ont illuminé ce champ, en fournissant de nouveaux paradigmes sur les communications cellulaires au sein de l’embryon. Ses recherches ont mis en lumière l’existence d’un ensemble de gènes formant une boîte à outils de base pour le  développement, utilisée et déclinée avec quelques variations par l’ensemble des animaux.

 

Le lieu de naissance d’Edward De Robertis pourrait passer pour le premier facteur de sa vocation scientifique. En effet, Edward De Robertis est né à Cambridge, Massachusetts alors que son père travaillait comme post doctorant au prestigieux MIT. Il grandit cependant en Uruguay. C’est là que sa passion pour les sciences biologiques se développe. Son livre de chevet, un ouvrage écrit en 1926 par Paul de Kruif, s’intitule « Chasseurs de microbes ». Il retrace les découvertes de grands microbiologistes tels que Louis Pasteur et Robert Koch. Aujourd’hui, c’est ce livre initiatique qu’il offre à ses post-docs lorsqu’ils quittent son laboratoire. Adolescent, il découvre la vie à petite échelle grâce au microscope de son père, un biologiste de renom, co-découvreur des vésicules synaptiques. Et c’est à 13 ans qu’il débute ses premiers travaux de laboratoire, sur les chromosomes de criquet. Il choisit les études médicales, et obtient même la médaille d’or du meilleur étudiant en médecine d’Uruguay en 1971. à 24 ans, il est docteur en médecine et peut s’orienter vers la recherche. Il réalise ses travaux de PhD à l’Institut Leloir de Buenos Aires, en Argentine, sur les effets de l’AMP cyclique sur la bactérie Escherichia coli.

 

Une rencontre inattendue va alors faire basculer la vie scientifique d’Edward De Robertis. Sir John Gurdon, célèbre biologiste du développement, visite l’Institut Leloir et le rencontre. Trois ans plus tard, en 1977, Edward De Robertis décide d’effectuer un post-doctorat. C’est alors qu’il apprend que, sans lui en avoir jamais parlé, John Gurdon, impressionné par la qualité de leur discussion lors de son passage à Buenos Aires, a tout préparé pour l’accueillir dans son laboratoire du MRC, à Cambridge, au Royaume- Uni. C’est le début d’une exceptionnelle carrière de biologiste du développement et l’initiation aux manipulations d’embryologie sur le modèle qu’il affectionnera toute sa vie, l’amphibien, et plus spécifiquement le xénope.

 

Les questions abordées sont ambitieuses. Grâce aux travaux de John Gurdon, on sait qu’un noyau de cellule différenciée, transplanté dans une cellule œuf, est « reprogrammé » : la cellule œuf lui fait perdre son programme de différenciation et lui redonne toute la naïveté de ses origines, toutes les potentialités. Edward De Robertis passe trois ans chez John Gurdon à disséquer les bases cellulaires et moléculaires de cette reprogrammation. Il obtient ensuite un poste de membre junior au MRC et oriente ses recherches vers les contrôles de transport entre noyau et cytoplasme. Les concepts émanant de ces travaux serviront d’inspiration au domaine des cellules souches.

 

Au début des années 80, Edward De Robertis quitte Cambridge, pour un poste de professeur de biologie cellulaire à l’université de Bâle, en Suisse. Il décide de s’atteler à un champ où tout est à défricher : l’identification des gènes de développement contrôlant la morphologie de l’embryon. Le laboratoire de Walter Gehring vient de découvrir les gènes homéotiques chez la mouche Drosophile. C’est une découverte fantastique. à l’époque, on considère que les mécanismes de développement de la mouche sont entièrement différents de ceux des vertébrés. Cette notion est totalement bouleversée quand en 1984, Edward De Robertis clone le premier gène homéotique d’un vertébré, l’homologue d’Antennapedia chez le Xénope. Cela ouvre la perspective de pouvoir isoler chez les vertébrés les gènes clés du développement en s’inspirant des données issues de la génétique de la Drosophile. C’est effectivement ce qui se passera, grâce à ce travail pionnier.

 

En 1985, Edward De Robertis est nommé professeur de biologie cellulaire à l’université de Californie à Los Angeles où il effectue depuis ses recherches. Il s’attaque à la compréhension des mécanismes moléculaires responsables de l’induction embryonnaire. Il est le premier, en 1991, à identifier les gènes qui régissent les mécanismes d’induction, chez le Xénope. Edward De Robertis est le chercheur à avoir révélé la nature moléculaire de l’organisateur de Spemann, un Graal recherché depuis plus d’un demi siècle. Ses travaux dépassent la simple dissection génétique des mécanismes d’induction. En étudiant le gène Chordin, Edward De Robertis introduit en effet un nouveau paradigme permettant de comprendre les interactions entre cellules à longues distances et l’établissement de gradients morphogénétiques dans l’embryon.

 

Il a récemment abordé la question des mécanismes cellulaires impliqués dans la transduction de la voie Wnt. Rares sont les biologistes du développement suffisamment visionnaires pour embrasser par un arsenal d’approches complémentaires, transplantations et greffes, génétique moléculaire, biochimie et biologie cellulaire, toutes les échelles d’espace et de temps du développement embryonnaire. Ses travaux nourrissent également la discipline en pleine expansion qu’est « l’Evo-Devo ».

 

Edward De Robertis est l’un des biologistes du développement les plus reconnus au monde. Son parcours scientifique se traduit par plus de 200 publications dans les meilleurs journaux, des brevets, le prix du Mérite du NIH et le prix Ross G. Harrison de biologie du développement. Il est membre de l’Académie des sciences des états-Unis, de l’Académie des sciences de l’Amérique latine, de l’Académie des arts et sciences américaine, de l’EMBO et de l’Académie pontificale des sciences. Il a présidé la Société internationale de biologie du développement jusqu’en 2006. Edward De Robertis a par ailleurs toujours mis au premier plan de ses priorités la formation des jeunes doctorants et post-doctorants et la transmission des savoirs et des méthodes.

 

Edward De Robertis a toujours été attaché à l’Europe et à la France où, outre les échanges de salamandres avec le professeur Gallien, il a entretenu des collaborations avec le laboratoire de Nicole Le Douarin. Il a également dispensé des cours au Collège de France et dirigé des thèses en co-tutelles avec notre université. Il est enfin membre d’honneur de la Société française de biologie. L’université Pierre et Marie Curie est fière de compter parmi ses docteurs honoris causa ce scientifique exceptionnel.

 

 



10/12/13