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Conjeevaram Srirangachari Seshadri

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

Conjeevaram Srirangachari Seshadri

Le moment phare

Il y a eu plusieurs moments que j’ai vraiment aimés, par exemple :

- Prouver le cas particulier d’un problème de Serre, et ensuite trouver la solution à une question posée par Chevalley lors de son séminaire

- Travailler en collaboration avec M.S. Narasimhan et ma construction des espaces de modules connexes

- Travailler sur la célèbre conjecture de David Mumford

- Avoir l’idée fondatrice d’une théorie des monômes standard, inspiré par les travaux de De Concini et Procesi puis formuler des conjectures précises en collaboration avec Lakshmibai.

Le prochain défi

Dans le cadre de ma collaboration actuelle avec Balaji, le défi consiste à acquérir une meilleure compréhension des problèmes de modules dans la spécialisation.

L’upmc et moi

Au cours de mes années de formation à Paris, j’ai appris auprès de grands maîtres tels que Chevalley, Serre et Grothendieck et assisté aux fameux séminaires Cartan et Bourbaki. J’ai eu des amis comme Verdier, Gabriel Demazure et Douady. Plus tard, des collaborations fortes avec Drezet dont est sorti un volume en Asterisque. La collaboration indo-française a commencé avec Verdier et est maintenant entre les mains habiles de Waldschmidt.

Ma devise

Que vous puissiez poursuivre cette grande tradition des mathématiques en France ! 

 

 

Éloge du professeur Conjeevaram Srirangachari Seshadri

Présenté par Sinnou David, professeur de mathématiques

 

C'est un honneur pour moi de prononcer aujourd'hui l'éloge du professeur Seshadri. Avant tout, je souhaite saluer le scientifique, dont je ne peux ici qu'esquisser la vaste contribution.

 

Au tout début de sa vie scientifique dans les années 50, Seshadri a ouvert la voie à une solution d'une conjecture de Serre sur les modules projectifs sur des anneaux de polynômes.

 

Influencé par la pensée de Chevalley, sa construction des variétés de Picard est inspirée par les travaux du séminaire Chevalley à Paris.

 

Une bonne partie de ses travaux suivants est centrée sur la mise au point d'une théorie satisfaisante des espaces de modules de fibrés vectoriels sur une courbe projective pour laquelle il est considéré comme un pionnier. Une des étapes marquantes dans cette direction est son travail avec M.S. Narasimhan, une autre grande figure de l'école indienne sur la classification des fibrés stables de courbes. Sa construction de l'espace de modules a inspiré toute une série de construction d'espaces de modules.

 

Un troisième axe de ses travaux concerne les espaces quotients et la réductivité géométrique. Très riches, ses contributions à cette étude ont conduit tout d'abord à la preuve de la conjecture de Mumford pour GL(2). Les outils qu'il a développés ensuite dans cette direction ont conduit en particulier au critère d'amplitude de Seshadri, un critère numérique également baptisé « constantes de Seshadri ». Ils sont aujourd'hui très largement utilisés aussi bien pour la classification de variétés algébriques qu'en arithmétique pour obtenir par exemple que des courbes aient uniformément très peu de points rationnels.

 

Un dernier axe que je voudrais évoquer est celui de la théorie des monômes standard, qu'il a initiée dans les années 1970 et poursuivie avec V. Lakshmibai et C. Musili, généralisant ainsi la théorie de Hodge pour les Grassmaniennes. L'objectif étant de construire des bases pour les sections de fibrés en droites sur les variétés de Schubert et donc des bases pour l'espace des représentations irréductibles de groupes algébriques réductifs. Cette théorie permet de refléter la géométrie des variétés de Schubert et la combinatoire du groupe de Weyl.

 

La reconnaissance de ses travaux par la communauté scientifique internationale se traduit par de très nombreuses invitations, et nous avons eu la chance de recevoir C.S. Seshadri comme professeur invité de notre université. Il est Fellow of the Royal Society, membre de l'académie des sciences américaine, récipiendaire du prix TWAS. L'Inde l'a honoré à maintes reprises, tant par des distinctions scientifiques que civiles : il a été reçu dans l'ordre du Padma Bushan, et nommé à la distinction rare de « National Professor ».

 

C.S. Seshadri est aussi un organisateur et un entrepreneur. En 1989, il s'est lancé dans un défi unique : fonder un institut de recherches en mathématiques fondamentales et en informatique théorique entièrement financé sur fonds privés. Il est devenu aujourd'hui le Chennai Mathematical Institute, où les étudiants, conformément à la vision de Seshadri, vivent en immersion dans le monde de la recherche dès leur arrivée, au niveau licence. Ils y côtoient quotidiennement les experts de leur sujet.

 

Son rêve fut de bâtir un centre de formation d'excellence inspiré par le succès du modèle de l'ENS. Intégrant chaque année des jeunes, ayant vocation à y préparer une thèse, dès le niveau licence, l'institut est l'un des centres dans lequel on trouve les étudiants les plus brillants du pays.

 

C.S. Seshadri est l'un des quelques mathématiciens qui ont contribué à faire de l'école indienne ce qu'elle est aujourd'hui. Il a eu de très nombreux élèves dont Pavaman Murthy, V. Lakshmibai, Madhav Nori and Vikraman Balaji.

 

Enfin, et c'est le dernier aspect que je voudrais saluer, C.S. Seshadri personnifie en quelque sorte les relations franco-indiennes. Né en 1932, il a fait ses études au Loyola College à Madras au coeur de l'Inde britannique (la Madras Presidency) ; il est en contact, dès le plus jeune âge, avec la culture française : son professeur est un mathématicien français, formé par E. Cartan, le Père Racine. Ce dernier l'incite à rejoindre Tata Institute of Fundamental Research à Bombay, institution nouvellement créée à la suite de l'indépendance de l'Inde.

 

Seshadri a passé les années 1957-60 à Paris. Durant cette période, il a interagi avec les figures de l'école française donc Cartan, Chevalley, Grothendieck, Scwartz ou Serre. Il est retourné au Tata en 1960, où il est resté jusqu'en 1984, date à laquelle, il a rejoint l'Institute of Mathematical Sciences de Chennai.

 

Dans les années 60, il a été l'un des artisans du formidable succès des cours au Tata dans lesquels se sont investis plusieurs scientifiques français, sous l'impulsion de Laurent Schwartz. Les chercheurs étrangers y passaient au moins trois mois et de nombreux livres de références sont issus de ces notes de cours. Le livre de Mumford sur les variétés abéliennes, dont les notes ont été mises en forme par les élèves de Seshadri, en est l'exemple emblématique. Il a été dans les années 80 à l'origine de la relance des liens scientifiques franco-indiens qui s'étaient un peu distendus au cours de la précédente décennie. Avec J. L. Verdier du côté français, il a contribué à les relancer par la signature d'un PICS (Projets internationaux de coopération scientifique) avec le CNRS. Les échanges scientifiques que cet accord ont permis ont été fructueux et plusieurs d'entre eux ont ensuite été prolongés par des programmes bilatéraux financés par le CEFIPRA (Centre franco-indien pour la promotion de la recherche avancée). Ce renouveau a abouti à la création de l'IFIM (Institut franco-indien de mathématiques).

 

L'institut qu'il a créé, le CMI, est partenaire de l'ENS. Ainsi, chaque année plusieurs normaliens passent quelques mois en Inde pour y apprendre des mathématiques auprès des chercheurs locaux dont Seshadri. Nos jeunes se voient offrir la possibilité d'enseigner à un niveau élevé devant un public averti. Quelques étudiants du CMI passent chaque année plusieurs mois à Paris pour y suivre nos enseignements de M2. Le CMI est un partenaire de l'UPMC, où nos enseignants-chercheurs délivrent régulièrement des cours spécialisés.

 

Son action a été fondamentale pour structurer le paysage scientifique indien et le renforcer en faisant émerger à chaque étape une nouvelle génération de talents. Depuis une cinquantaine d'années il a été l'un des moteurs des relations entre nos deux pays, il est un ami de la France et de l'université Pierre et Marie Curie. Nous sommes fiers de compter parmi nos docteurs honoris causa ce chercheur prestigieux.



10/12/13