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900 ans d'histoire

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Marc Zamansky, dernier doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris

La matérialisation de la pensée scientifique au coeur de Paris

En 1941, élève de l’école normale supérieure de la rue d’Ulm, alors qu’il est encore étudiant, Marc Zamansky entre dans la résistance en intégrant le réseau Mithridate et s'engage dans les Forces françaises libres. Il est arrêté en 1943 et ...

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Quelques dates

  • 1968 : éclatement de la Faculté des sciences
  • 1971 : création de "l'université Paris 6"
  • 1974 : Paris 6 devient "université Pierre et Marie Curie"
  • 2007 : "UPMC", nom officiel de l'université

900 ans de formation supérieure et de quête intellectuelle au coeur de Paris

Fondation

Charlemagne avait souhaité que chaque cathédrale possédât son école afin de former les cadres du royaume et de l’église, c’était souvent les mêmes !

Notre-Dame qui n’était encore que Saint-Étienne, avait donc la sienne qui attirait des escoliers autour de maîtres réputés comme l’archidiacre Guillaume de Champeaux ; en 1103 Guillaume fut même nommé écolâtre, c’est-à-dire le recteur de cette école cathédrale. La renaissance intellectuelle du haut moyen âge était en marche autour des écoles des cathédrales de certaines grandes villes comme Laon, Reims, Paris et les écoles des grandes abbayes comme Saint-Germain-des-prés, Sainte-Geneviève, Saint-Denis, pour ne parler que de Paris et de ses alentours. Ce renouveau s’accompagnait de la relecture d’Aristote et des écrits de l’antiquité et se traduisait par l’engouement pour la dialectique qui n’était autre, à l’époque, que l’art du raisonnement. L’ambition de certains de ces maîtres de la fin du 10e siècle n’était rien moins que d’arriver à fonder Dieu et la foi catholique sur la raison, voire sur la logique. Cela n’allait pas sans les disputes chères aux intellectuels comme par exemple celle sur les « Universaux ». Pour expliquer en deux mots l’enjeu, considérons un concept comme l’humanité. Est-ce une réalité ? Quelle en est alors la substance si chaque homme la porte en lui ? Quelle est la réalité d’un concept qui est en plusieurs endroits en même temps, tout entier contenu dans Socrate à Athènes et Platon à Rome ? N’y a-t-il de réel que le singulier ? Guillaume professait la réalité « objective » de ces catégories et son plus brillant élève, Pierre Abélard, était plus ou moins « nominaliste » ; à la suite de Roscelin : il soutenait que les concepts généraux n’ont pas d’existence et que seuls les individus existent.

Querelle de chercheurs, mais non sans conséquences, puisque l’Eglise enseignait la nature divine sous les trois espèces du Père, du fils et du Saint-Esprit. L’esprit de l’université est déjà là, virulence des polémiques, purement intellectuelles en apparence, mais dont le lien avec le siècle n’est jamais totalement absent !

 

En 1108, Guillaume lassé des attaques d’Abélard et, sans doute moins soutenu par l’évêque de Paris, étienne de Garlande, qui était peu réformiste, décide de prendre du recul et de cesser son enseignement. Il s’installe avec quelques disciples, pour méditer en dehors des murs, ici même au confluent de la Seine et de la Bièvre, à l’endroit où existait un petit oratoire dédié à Saint-Victor de Marseille. Seulement, voilà que dès 1109, ses anciens étudiants, du moins ceux qui lui étaient restés fidèles, le pressent de reprendre son enseignement. Guillaume hésite et s’ouvre de ces doutes à l’évêque du Mans, le très respecté, Hildebert de Lavardin. Celui-ci lui répond dans une lettre admirable que bien des chercheurs peuvent méditer : «J’apprends que des amis t’ont donné le conseil de renoncer désormais à l’enseignement. Sur ce point voici mon avis : celui-là ne fait pas tout le bien qu’il pourrait, lorsque, en ayant la faculté, il renonce à être utile aux autres. C’est une perfection d’offrir au prochain, même s’il doit en faire mauvais usage, les moyens d’être vertueux… Après tout, à quoi bon une sagesse cachée, un trésor enfoui ? L’or brille autrement quand il est semé par terre, que s’il reste empilé dans un coffre. Y a-t-il une différence entre les pierres vulgaires et les gemmes si on ne les expose pas au grand jour ? Il en va de même de la science : quand on en fait part aux autres, elle grandit ; et si un maître avare s’en contente pour lui-même, elle finit par lui échapper. Garde-toi donc bien de fermer à tes disciples les fontaines d’eaux vives…».

Tout est dit… et Guillaume, qui était considéré comme le premier dialecticien de son temps, reprit donc son enseignement en ce lieu, il y a exactement 900 ans.



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