Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Philippe Lebaron : Banyuls entre vin et traditions

accès rapides, services personnalisés

Rechercher

Recherche détaillée

Contact

DGRTT

Tél : 01 44 27 26 48

direction.recherche@upmc.fr

L'observatoire océanologique de Banyuls, entre vin et traditions

Philippe Lebaron, directeur de la station océanographique de Banyuls-sur-Mer

Un domaine viticole, une cuvée Pierre et Marie Curie, mais surtout une station marine qui vient d'être reconnue avec Roscoff, Villefranche et cinq autres sites européens comme l'une des dix nouvelles infrastructures de recherche de l'UnioNouvelle fenêtrenNouvelle fenêtre. Banyuls-sur-MerNouvelle fenêtre... Cet observatoire océanologique aux portes de l'Espagne et aux pieds des Pyrénées est dirigé depuis 2005 par Philippe Lebaron, spécialiste en microbiologie marine.


Tout comme à Roscoff et Villefranche, des chercheurs de Banyuls décortiquent le développement et le fonctionnement cellulaire et moléculaire d'organismes marins. Quelles sont les spécificités de vos recherches ?

Une de nos particularités, ce sont nos modèles d'études, comme Amphioxus que l'on trouve dans les zones sableuses près de Banyuls. Amphioxus est le plus célèbre des céphalocordés. Il se situe sur le plan évolutif au carrefour entre les vertébrés et les invertébrés. L'étude de son génome doit nous permettre de mieux comprendre l'origine et le développement des vertébrés.

Un autre organisme original étudié à Banyuls est Ostreococcus. Ostreococcus est une micro-algue verte unicellulaire avec une organisation assez simple et dont la taille est comparable à celle d'une bactérie. C'est d'ailleurs le plus petit organisme eucaryote libre connu à ce jour. Il a été découvert par nos chercheurs en 1994 dans l'étang de Thau. Depuis, nous avons entièrement séquencé son génome. Sa facilité et sa rapidité à se reproduire nous permet de tester des hypothèses pour mieux comprendre les mécanismes adaptatifs et évolutifs, de comprendre par exemple comment l'alternance du jour et de la nuit agit sur le cycle de division cellulaire.

Comme à Villefranche et à Roscoff, l'objectif de ces recherches est de comprendre l'origine de la biodiversité à travers l'évolution et l'adaptation des espèces. Dans les années à venir, nous allons ouvrir la palette de nos modèles d'étude.


Les bactéries marines sont aussi des organismes considérés avec grand intérêt par vos équipes. Banyuls s'est un peu spécialisée dans les micro-organismes marins...

Oui, en partie. Mais nos chercheurs s’intéressent également à l’étude de la dynamique évolutive des communautés et des écosystèmes. Ils étudient les transferts de matière et de polluants dans les chaînes alimentaires. Grâce à la modélisation, ils essaient de prédire comment les populations et les communautés peuvent répondre à différents types de perturbations environnementales. Ils recherchent également des indicateurs de l’état de santé des écosystèmes.
Par rapport aux microorganismes, nous étudions leur rôle dans le fonctionnement des cycles de la matière. C'est là un point fort de Banyuls. Les bactéries jouent un rôle important dans le fonctionnement du cycle du carbone mais aussi les autres cycles comme celui du fer. Le fer est un micro-élément qui limite fortement la photosynthèse par le phytoplancton et dont la disponibilité pourrait être contrôlée par certaines bactéries. Des chercheurs de Banyuls travaillent sur cette problématique dans l'Océan Austral.
Depuis une dizaine d'années, nous avons aussi développé des recherches en biotechnologies. Les bactéries produisent naturellement des substances qui ont des applications dans le domaine de la santé et des cosmétiques : des molécules anti-oxydantes qui retardent le vieillissement de la peau ou qui la protègent des UV, des molécules anti-cancérigènes... Ces recherches sont basées sur notre collection de bactéries marinesNouvelle fenêtre, l'une des rares qui existe dans le monde. Nous travaillons en collaboration étroite sur ces sujets avec les laboratoires Pierre FabreNouvelle fenêtre. En 2002, une équipe mixte de recherche a été créée et regroupe des personnels de la société, du CNRS et de l'UPMC.

Dans les années à venir, notre partenariat avec Pierre Fabre va se renforcer grâce à la construction d'un nouveau bâtiment, dont la moitié sera consacrée à un laboratoire de biotechnologies marines. Ces recherches seront ouvertes à d'autres domaines que ceux de la santé. Un espace sera également réservé aux start-ups.


Qu'est-il prévu de faire dans la seconde moitié de ce nouveau bâtiment ?

Y mettre de l'eau et des poissons ! L'aquarium de Banyuls, qui a été créé en 1884, y sera transféré en 2014. Cet aquarium est un formidable outil pour renouer les liens avec le grand public. Il est une vitrine des recherches qui sont faites dans nos laboratoires. La vulgarisation des connaissances scientifiques est une mission importante de notre station.

Nous avons aussi un magnifique jardin méditerranéen qui est ouvert au grand public, mais aussi aux recherches de scientifiques visiteurs. Des chercheurs de l'UPMC y mènent actuellement des études sur le comportement de fourmis Pyrénéennes.


L'observation de l'environnement marin est également une activité traditionnelle de Banyuls.

Effectivement. Aujourd'hui, trois stations d'observations situées à 1, 10 et 35 km au large de l'observatoire nous permettent de suivre en continu les paramètres environnementaux des eaux côtières de la Méditerranée nord-occidentale. Banyuls est pour cela idéalement situé. Un fort courant ramène vers nous et l'Espagne les eaux du Golfe du Lion.

A l'avenir, cette activité d'observation sera renforcée dans le cadre du projet MOOSENouvelle fenêtre de l'Institut national des sciences de l'Univers (INSU). Ce projet est coordonné par la station de Villefranche. L'objectif est de développer une stratégie d'observation coordonnée et cohérente en Mer Méditerranée nord-occidentale afin d'y suivre l'effet des pressions anthropiques et du changement climatique.

Afin d'affiner ces activités, nous développons des capteurs biologiques et chimiques qui permettent de détecter des polluants ou des algues toxiques ou encore de suivre la diversité de certains groupes d’organismes. Ces capteurs utilisent parfois des gènes de stress qui émettent de la lumière en présence de contaminants. Ces applications se basent sur nos recherches fondamentales sur le génome des microorganimes marines, comme Ostreococcus.

Sur la côte Vermeille, nous suivons aussi quasi-quotidiennement la qualité des eaux de baignadeNouvelle fenêtre en collaboration avec Véolia EnvironnementNouvelle fenêtre. Avec EDF et la société ChemunexNouvelle fenêtre, nous menons des projets de recherche pour détecter rapidement les légionnellesNouvelle fenêtre et les amibesNouvelle fenêtre pathogènes.

''Observatoire océanologique'' n'est cependant pas l'appellation la plus couramment utilisée pour Banyuls. On parle plus du ''Laboratoire Arago''. Pourquoi un nom de physicien pour un laboratoire de biologie ?

François Arago était certes un physicien, mais c'était aussi l'ami d'Henri de Lacaze-Duthiers, qui a fondé Banyuls en 1882. Quand François Arago, originaire des Pyrénées orientales, est mort, Henri de Lacaze-Duthiers a donné au laboratoire le nom de son ami.

Dix ans plus tôt, Henri de Lacaze Duthiers avait fondé la station biologique de Roscoff. Banyuls représentait un site complémentaire à celui de Roscoff, ouvert sur une mer sans marée, mais encore plus riche en biodiversité. En moins de 60 km, on part de 2700m d'altitude dans les hauteurs du Mont Canigou pour descendre à -1500m dans les canyons de la Méditerranée. A la grande diversité des habitats se conjugue une foisonnante diversité biologique. Le tout dans un milieu encore aujourd'hui protégé.

 

Interview réalisée par Gaëlle Lahoreau

Decouvrez en vidéo:

"L'UPMC et Pierre Fabre, partenaires pour la biodiversitéNouvelle fenêtre" avec Philippe Lebaron

 

 



09/07/09