« La société nous demande de plus en plus de prévoir l’avenir »

Professeur à l’UPMC et spécialiste de la biodiversité et des ressources vivantes de l’océan, Gilles Boeuf a été nommé Président du Muséum national d’histoire naturelle en février 2009. Entre discussions scientifiques avec ses collègues du Muséum, conférences, travaux de recherche et réunions avec des directeurs de cabinet ou des ministres, ce scientifique « marin » nous livre ses premières impressions sur ses nouvelles fonctions.
En quelques mots, quel a été votre parcours professionnel ?
Après un thèse en biologie du développement, j’ai travaillé 20 ans comme chargé de recherche puis comme directeur de recherche au Cnexo, devenu depuis l’Ifremer, entre 1979 et 1999. Approché en 1998 par l’université Pierre et Marie Curie, je suis devenu professeur des universités en physiologie des organismes marins à l’UPMC et j’ai pris la direction de l’observatoire océanologique de Banyuls de 1999 à 2005, puis de l’unité mixte de recherche « Modèles en biologie cellulaire et évolutive » de 2005 à 2008. Président du conseil scientifique du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) en 2007 et 2008, j’ai été nommé président du Muséum en février 2009.
Quels sont vos thèmes de recherche ?
J’ai travaillé 18 ans sur la migration du saumon atlantique et plus particulièrement sur la compréhension des mécanismes qui permettent à ce poisson d’eau douce de devenir un poisson marin. Puis j’ai étudié les mécanismes de développement et de croissance des poissons plats. En fait, je travaille essentiellement sur l’adaptation de la faune marine à son milieu naturel et sur les effets du changement climatique sur cette faune. Aujourd’hui nos travaux concernent la mélatonine, appelée l’hormone du sommeil, chez les poissons, en collaboration avec Jack Falcon, directeur de recherche au CNRS. En privé, je m’intéresse à l’entomologie et dans ce cadre, je préside la réserve de la forêt de la Massane sur le territoire d’Argelès-sur-mer, près de la Méditerranée. Ce site est reconnu pour sa forte biodiversité avec plus de 5800 espèces vivantes sur 300 ha.
Maintenant, vous êtes Président du Muséum national d’histoire naturelle. Vos premières impressions ?
C’est impressionnant. Pensez que cette institution a été créée à l’initiative du médecin de Louis XIII, Guy de La Brosse, en 1635! A l’époque cela s’appelait le Jardin royal des plantes médicinales. Et c’est en 1793, par un décret de la Convention qu’il devint Muséum national d’histoire naturelle. Lamarck, Buffon, Cuvier, Gay-Lussac, Claude Bernard, Becquerel, St Hilaire… des noms illustres marquent la vie de cet établissement historique. Etre le Président d’une structure aussi prestigieuse que scientifiquement riche, de par son activité comme de par son histoire, ne peut que combler un chercheur naturaliste. Le MNHN est l’un des trois plus grands muséums d’histoire naturelle du monde aux côtés du British Museum et de la Smithsonian Institution de Washington. De plus, en ces temps de menaces sur la biodiversité, j’estime que le MNHN est bien indispensable pour jouer un rôle important sur ces questions.
Quelles sont les missions du Muséum ?
Le MNHN poursuit cinq objectifs : la recherche, la formation aux sciences de la nature et de l’homme, les collections, la diffusion de la connaissance, l’expertise au service de la conservation de la nature. Pour cela nous disposons d’environ 2500 personnels (dont les CDD et thésards) : des chercheurs CNRS, Inserm ou IRD, des enseignants-chercheurs universitaires ‑ dont 40 venant de l’UPMC -, des personnels administratifs et techniques, mais également des jardiniers, des vétérinaires, des gardiens...
Et votre rôle en particulier ?
J’ai la responsabilité de l’animation et de l’évaluation de la recherche, avec les directeurs de Départements et d’Unités, de la gestion des crédits de recherche du MNHN avec une équipe de gestionnaires et de la représentation scientifique de l’Institution à l’extérieur. En tant que Président du muséum, je dois garantir la qualité de la recherche réalisée au Muséum, nous sommes évalués par l’Aeres, avec des critères un peu différents de ceux des universités. En effet, le travail sur les collections est une particularité que l’on ne retrouve pas sur un campus classique…
Quels sont vos projets ?
Mon premier objectif est de développer la transversalité dans les différentes recherches menées. Les sciences peuvent expliquer les phénomènes actuels. Mais je suis convaincu que la résolution des problèmes met forcément en oeuvre aussi les sciences humaines. Or aujourd’hui, la société nous demande de plus en plus de prévoir l’avenir… La transversalité est donc indispensable en matière de recherche dans nos domaines, biodiversité, mécanismes de l’évolution, impacts du changement global, systématique... Nous avons donc mis en place un plan pluriannuel de projets transversaux qui permet d’allouer des budgets à des équipes composées de chercheurs de différentes disciplines, travaillant sur un même sujet, chacun apportant sa spécialité. Mon deuxième objectif est de renforcer les partenariats existants entre le Muséum et le CNRS, l’Inserm, l’IRD, les universités, surtout Pierre et Marie Curie, mais aussi Paris 7 – Diderot.
Quelle est la part des collections dans l’activité du muséum ?
Une part très importante. Les collections sont un outil formidable et indispensable aux travaux de recherche car l’étude de spécimens permet de comprendre le passé et d’expliquer le présent. Nous possédons 71 millions de spécimens. Notre rôle est également de prêter nos spécimens à des spécialistes, des chercheurs. Ce rôle nous mobilise beaucoup à la fois pour l’expédition mais également pour la vérification des objets retournés. Ils doivent, bien sûr, ne pas être dégradés !
Ces collections sont-elles appelées à évoluer, à s’agrandir ?
Bien sûr ! Le muséum est, entre autres, le dépositaire national des nouveaux types d’espèces découverts. Nous réalisons des recherches ou des observations pour nos collections comme le programme « Papillons de jardin » dont le but était d’étudier l’évolution des papillons en France. Nous avons réuni 15 000 bénévoles pour récolter des données sur l’ensemble du territoire national. Peu de structures sont capables d’une telle mobilisation pour l’étude et la sauvegarde de la nature. C’est la même chose pour les oiseaux ou encore les chauve-souris.
Par ailleurs, nous perpétuons la tradition des grandes expéditions. Nous visitons les points chauds de la biodiversité dans le monde comme en 2006, lorsque nous avons co-organisé l’expédition SANTO sur l’île d’Espiritu Santo (Vanuatu, pacifique ouest). La faune et la flore des forêts de cette île ont été étudiées du sol à la canopée avec des techniques de collecte innovantes, rendant possible aux biologistes, l’étude de spécimens très difficilement d’accessibles, ceci entraînant la découverte de nombreuses nouvelles espèces.
Etes-vous sollicité par la société civile ?
Oui, l’Etat, les collectivités nous demandent régulièrement un avis sur certains grands projets dans le cadre d’actions qui touchent à l’environnement comme la coupe d’une forêt pour construire une route ou la création d’un port. Une cinquantaine de personnes se chargent de produire des expertises d’aide à la décision.
Toutes ces responsabilités ne vous ont-elles pas éloigner de l’enseignement ?
Non, je suis très attaché à poursuivre mon travail d’enseignant, quelles que soient mes activités de recherche ou mes fonctions administratives. Je continue donc de donner des cours sur le campus de Jussieu, et aussi à la station de Banyuls, même si le nombre d’heures diminue quelque peu. Quant à la recherche, je poursuis mes activités de recherche au laboratoire Arago. Il est important que cette activité soit indépendante de mes fonctions au Muséum.
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La recherche
La recherche au Muséum national d’histoire naturelle est organisée en sept départements : Histoire de la terre - Ecologie et gestion de la biodiversité - Milieux et peuplement aquatique - Systématique et évolution - Régulation, développement et diversité moléculaire - Hommes, nature, sociétés – Préhistoire. Sur les dix-neuf unités de recherche du Muséum, cinq sont mixtes avec l’UPMC : Paléobiodiversité et paléoenvironnements - Conservation des espèces et suivi des populations - Biologie des organismes et écosystèmes aquatiques - Océanographie et climat - Systèmatique, adaptation et évolution.
La formation Le MNHN propose un master « Evolution, Patrimoine Naturel et Sociétés », enseignement pluridisciplinaire alliant sciences de la nature et de l'homme. Il est décliné en six spécialités. L'école doctorale du Muséum « Sciences de la Nature et de l'Homme », dirigé par le professeur Guillaume Lecointre accueille chaque année près de 200 doctorants. Cette école doctorale est largement transdisciplinaire.
La diffusion des connaissances Le Muséum possède une longue tradition de transmission des connaissances à tous les publics au travers de structures importantes : les galeries du jardin des plantes, le musée de l’homme, le parc zoologique de Paris et une demi-douzaine de sites répartis sur toute la France. Chaque année 2,5 millions de personnes visitent les principaux lieux d’exposition du Muséum et 4 millions accèdent au Jardin des plantes.
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27/05/09







