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Le World Community Grid sélectionne un projet de modélisation de l'interaction protéines-protéines porté par l'UPMC

Le projet porté par Alessandra Carbone, enseignant-chercheur en informatique à l’UPMC, de modélisation des protéines et d’étude de leur assemblage, avait déjà été retenu par le programme Décrypthon lancé en 2005 par l’AFM, IBM et le CNRS pour accélérer la recherche en protéomique et en génomique (www. ...
L'épidémiologie pour mieux comprendre la maladie d'Alzheimer

La maladie d'Alzheimer est une maladie dramatique pour les personnes atteintes et leur entourage. Une maladie pour laquelle il n'existe actuellement aucun traitement, ni curatif, ni préventif. En lançant il y a un deux ans le Plan Alzheimer
, l'Elysée en a fait son cheval de bataille. L'étude 3C coordonnée par le laboratoire de neuroépidémiologie de Christophe Tzourio (UMRS 708) en est une action phare. Elle est basée sur le suivi d'une cohorte de plus de 9000 personnes, toutes âgées de plus de 65 ans.
De prime abord on peut être surpris par l'association des termes "épidémiologie" et "maladie d'Alzheimer": il ne s'agit quand même pas d'une épidémie ?
L'épidémiologie n'est pas uniquement la science de l'étude des épidémies ! Elle vise également à identifier les déterminants des maladies ce qu'on appelle les facteurs de risque. De l'étude de ces déterminants naîtront des hypothèses concernant les mécanismes des maladies qui seront ensuite testés par les chercheurs des autres domaines de la recherche médicale. Par exemple, c'est l'épidémiologie qui, la première, a montré que le tabac était responsable du cancer du poumon. Les preuves expérimentales n'ont été fournies que plusieurs décennies plus tard.
Que recouvre le concept de "cohorte" ?
Le principe d'une cohorte est simple : il s'agit de constituer un groupe de personnes initialement non malades, d'étudier sans a priori leurs caractéristiques cliniques et biologiques de la façon la plus fine possible, puis de les suivre pendant plusieurs années et de dépister et diagnostiquer les cas de maladies au sein de ce groupe. La comparaison entre les malades et ceux qui sont restés sains – heureusement les plus nombreux ! – permet d'identifier avec une grande rigueur les caractéristiques qui favorisent l'apparition des maladies.
Dans quels objectifs a été conçue l'étude des 3C ?
L'étude 3C – ou étude des Trois Cités car elle se déroule dans trois villes, Bordeaux, Dijon et Montpellier – est une étude de cohorte portant sur le vieillissement cérébral, ses causes et ses conséquences. Elle a été conçue et initiée, il y a maintenant plus de 10 ans, par un groupe de chercheurs épidémiologistes et de cliniciens qui ont décidé de joindre leurs efforts pour réaliser cette étude de très grande ampleur. Plus spécifiquement, nous nous sommes donnés un objectif principal qui est d'évaluer l'importance des facteurs de risque vasculaire – hypertension artérielle et diabète par exemple – dans la survenue d'une démence. Le but ultime étant de pouvoir mettre en place des stratégies de prévention des démences.
Qu'entendez-vous par le terme démence ?
C'est vrai que c'est un terme qui prête à confusion mais c'est un terme médical ! La démence ici ne se réfère pas à la folie – même si des troubles graves du comportement sont fréquents dans les formes évoluées de la maladie, d'où probablement la confusion – mais à une atteinte irréversible des fonctions cognitives et en premier lieu de la mémoire. On considère classiquement deux types de démences. Les démences neurodégénératives, principalement la maladie d'Alzheimer, se traduisent par l'atteinte, par des mécanismes encore mal connus, de zones particulières du cerveau, notamment celles impliquées dans la mémoire. Cela explique que les troubles mémoires sont initialement au premier plan puis d'autres troubles apparaissent et c'est, à terme, l'ensemble des fonctions cognitives qui est altéré. Les démences vasculaires sont, quant à elles, dues à l'occlusion
de vaisseaux cérébraux provoquant la destruction des zones de cerveau qu'ils irriguent.
L'étude 3C se penchent-elles sur ces deux types de démences ?
Notre vision d'épidémiologiste est que cette distinction exclusive entre ces deux types de démence ne correspond pas à l'évolution des connaissances. Il y aurait un continuum entre maladie d'Alzheimer et démence vasculaire, la plupart des patients étant porteurs des deux types de lésions, neurodégénératives et vasculaires. Si cette hypothèse était vérifiée – et c'est un des buts de l'étude 3C – cela offrirait enfin des perspectives de prévention car nous avons tout un arsenal thérapeutique permettant de réduire le risque vasculaire. Devant l'énormité du problème et l'absence actuelle de moyens thérapeutiques pour lutter contre cette maladie, c'est une perspective très importante.
Qui sont les 9000 personnes âgées participant à cette étude ?
Merci de poser cette question car je voudrais leur rendre hommage. Malgré tous les efforts des chercheurs, cette étude n'aura pas pu exister si des personnes âgées, normales et vivant chez elles, n'avaient pas accepté de donner de leur temps pour subir un grand nombre d'examens au cours de ces 10 dernières années. Plus de 3000 IRM cérébrales ont ainsi été réalisées, des examens de l'artère carotide par échographie ont été fait chez plus de 6000 et une banque de prélèvements biologiques comprenant de l'ADN a été faite chez plus de 8000 d'entre elles. Elles se sont prêtées de bonne grâce à ces examens et même ont été souvent volontaires au delà de nos attentes. C'est un vrai acte de générosité : plutôt que d'aider la recherche médicale par des dons, elles nous ont donné de leur temps. Grâce à elles, nous avons constitué l'une des plus grandes bases de données mondiales concernant le vieillissement cérébral et qui fournira des données pour travailler à des générations de chercheurs et médecins.
Quels résultats avez-vous déjà observé ?
L'étude 3C a déjà donné lieu à plus 80 articles dans des revues scientifiques internationales. Parmi ces résultats, nous avons pu préciser le rôle de l'alimentation sur le risque de maladie d'Alzheimer, confirmer le rôle prédicteur de certaines anomalies cérébrales vues sur l'IRM cérébrale sur le risque d'accident vasculaire cérébral, identifier de nouveaux gènes impliqués dans la maladie d'Alzheimer, mieux comprendre certains déterminants de la dépression ou de l'infarctus du myocarde, étudier le vieillissement des fonctions motrices et de la marche en particulier, etc. Collectivement ces résultats apportent des renseignements précieux sur les mécanismes du vieillissement normal mais aussi sur les déterminants des maladies que l'on voit se développer avec l'âge. Le but principal de 3C n'est pas simplement l'accumulation des connaissances mais de fournir des données permettant de mettre en place des stratégies pour prévenir ces maladies et favoriser le mieux vieillir.
En savoir plus
- Film
(22 min) : reportage-témoignage sur l'engagement des personnes âgées qui participent depuis 10 ans à l'étude 3C. - Les principales cohortes dans le monde : la Rotterdam Study
(Pays-Bas), Framingham heart study
(USA).
Gaëlle Lahoreau - 26/01/10



