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Ebola : comprendre la propagation du virus pour enrayer l’épidémie

Pour Pierre-Yves Boëlle, professeur à l’institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique (iPLESP, UPMC/Inserm), faire des prévisions à plus d’un mois sur le nombre de contaminations à Ebola et dans l’état actuel des choses, n’est pas pertinent. Les épidémiologistes concentrent leurs efforts sur l’étude de la propagation et des modes de transmission du virus afin de mieux déterminer sur le terrain comment agir pour enrayer l’épidémie.

 

Depuis sa découverte au Zaïre en 1976, les épidémies d’Ebola se limitaient à de petites zones isolées et étaient rapidement contenues. « Personne n’attendait une épidémie simultanée en Guinée, en Sierra Léone et au Libéria », lance Pierre Yves Boëlle. « Contrairement aux épidémies précédentes, le virus se propage aujourd’hui dans des zones très peuplées, pour certaines à peine sorties de la guerre civile. La mobilité des populations est importante, les contacts interhumains sont nombreux et le virus se propage de façon exponentielle ».

Amplification et vitesse de propagation

Pour observer l’évolution d’Ebola, comme de n’importe quelle autre maladie infectieuse, les scientifiques s’appuient sur les courbes épidémiques (nombre de cas en fonction du temps) à partir desquelles ils extraient deux paramètres essentiels : le ratio de reproduction et l’intervalle intergénérationnel. Le premier donne le nombre de cas engendrés par une personne infectée et permet d’apprécier l’amplification de la maladie au fil du temps. Le second renseigne sur la vitesse de propagation de la maladie. Il compte le temps qui sépare un cas de ceux qu’il contamine.

« Ces deux indicateurs sont les seuls à pouvoir déterminer la quantité de transmissions à éviter et le temps d’isolement des malades nécessaires pour faire fléchir l’épidémie. Ils sont d’autant plus important qu’on ne peut relâcher la pression avant d’être certain de contrôler l’épidémie », insiste le professeur. « Actuellement, une personne infectée engendre 1,5 à 2 cas en une quinzaine de jours en moyenne. Si l’on parvient à limiter la transmission à un cas sur deux et qu’on limite la période de contamination en isolant les cas, on pourra infléchir la progression de l’épidémie », explique le chercheur.

Des pistes pour empêcher la contamination

Dès lors, comment enrayer la contagion ? Fin septembre 2014 la Sierra Leone a imposé une quarantaine de 3 jours à l’ensemble de sa population. « Ce type d’approche extrême n’est malheureusement pas très robuste. Il suffit que quelques personnes passent entre les mailles du filet pour en annihiler les effets. On ne peut donc pas s’appuyer uniquement là-dessus ». L’autre solution consiste à profiter des 15 jours d’intervalle intergénérationnel d’Ebola pour mener une investigation épidémiologique de terrain. « Les enquêteurs s’informent sur le patient, l’expression de sa maladie, et identifient les contacts qu’il a pu avoir depuis sa contamination. Ces derniers sont alors surveillés afin d’éviter toute nouvelle infection ».

Le professeur Boëlle et son équipe, en étroite collaboration avec l’Institut Pasteur à Paris et au Sénégal, analyse les chaines de transmission du virus en Guinée. Avant l’hospitalisation, à l’hôpital, post mortem… il s’agit de découvrir à quel moment les populations sont le plus en contact avec les malades. « Dans les épidémies passées, une partie de la contamination avait lieu après le décès car les cadavres excrètent le virus et les traditions funéraires impliquent le contact avec les défunts », indique Pierre-Yves Boëlle. « Notre collaboration avec l’Institut Pasteur permet de faire un retour rapide de nos analyses vers le terrain pour adapter le plus rapidement la lutte contre l’épidémie ». Parallèlement, la même équipe de l’iPLESP, sous la direction de Vittoria Colizza, étudie la dissémination de la maladie par le biais des transports aériens et l’impact que peuvent avoir des restrictions dans ce domaine.

Des prévisions difficiles

Fin septembre 2014, plus de 4500 personnes étaient probablement touchées par le virus en Afrique de l’Ouest (Sierra Léone, Guinée, Libéria, Sénégal et Nigeria). Parmi eux plus de 2200 morts. Difficile cependant de prévoir de manière fiable le nombre de cas à venir. « Nous n’avons pas encore atteint le pic de l’épidémie et sommes encore dans une phase de croissance exponentielle. Cela induit des incertitudes en termes de prévisions et se traduit par une fourchette de chiffres très large ». Ceux diffusés dans les médias (jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de cas) anticipent par ailleurs sur ce qui pourrait se passer si rien n’était fait. « Ils sont évidemment nécessaires pour alerter la communauté internationale, mais ils évolueront en fonction des moyens mis en Âœuvre pour faire baisser le ratio de reproduction du virus ».

Début octobre 2014, les premiers cas hors d’Afrique étaient identifiés aux Etats-Unis et en Espagne. Dans la première situation, le malade revenait d’un voyage au Libéria, dans la deuxième, il s’agissait d’un des soignants du prêtre décédé à Madrid le 26 septembre 2014. « Le risque avec ces maladies émergentes concerne aussi les personnels médicaux et les transmissions nosocomiales. En amenant les malades dans les centres de santé en l’absence de mesures d’isolement efficace, on crée des conditions de transmission idéales pour le virus », explique Pierre-Yves Boëlle. « Dans des pays comme les nôtres, où nous disposons de moyens et où l’isolement des malades ne pose pas de difficultés majeures, les virus comme Ebola resteraient toutefois faciles à contenir », rassure l’épidémiologiste.

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Crédits photos : "Checking for fever" by CDC Global - Checking for fever. Licensed under Creative Commons Attribution 2.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Checking_for_fever.jpg#mediaviewer/File:Checking_for_fever.jpg



17/10/14