Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Zika, le virus globe-trotter va-t-il bientôt arriver en Europe ?

accès rapides, services personnalisés

Rechercher

Recherche détaillée

Zika, le virus globe-trotter va-t-il bientôt arriver en Europe ?

On connaissait le chikungunya et la dengue… Un nom fait désormais la une des media : Zika. Transmis lui aussi par un moustique, ce virus le plus souvent bénin pourrait provoquer de graves malformations congénitales. L'Organisation mondiale de la santé prévoit 3 à 4 millions de cas sur le continent américain. L’Europe quant à elle, essaie d’anticiper et de limiter ce risque de malformation en recommandant aux femmes enceintes de différer un éventuel voyage vers un pays déjà touché par l’épidémie. Qu’en est-il vraiment ? Que doit-on craindre ? Les explications du Pr Éric Caumes, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l’institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique (Inserm/UPMC).

Aedes aegypti vecteur de la dengue et du chikungunya. ©IRD/Nil Rahola

 

On entend beaucoup parler de l’Amérique latine, en particulier du Brésil, mais le virus Zika a été repéré depuis longtemps dans d’autres zones géographiques. D’où provient-il ?

Éric Caumes. Le virus Zika est un arbovirus de la famille des Flaviviridae qui s’apparente à celui de la dengue et de la fièvre jaune. Il a été isolé pour la première fois en 1947 chez un singe Rhésus en Ouganda dans la forêt Zika, puis chez l’homme en 1952 toujours en Ouganda et en Tanzanie. Depuis 2007, des épidémies d’infections à virus Zika se sont déclarées en Micronésie, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie.

 

Quels sont les symptômes ?

É. C. Zika peut déclencher un syndrome pseudo grippal qui se manifeste par une fièvre modérée, une éruption cutanée diffuse prédominant sur le tronc, ainsi que des céphalées et une conjonctivite. La durée d’incubation oscille entre 3 et 12 jours. Les douleurs articulaires peuvent persister jusqu’à 21 jours après l’apparition des premiers signes. La gravité est liée à l’existence de complications neurologiques secondaires (syndrome de Guillain Barré surtout).

 

Quels sont les modes de transmission ? Existe-t-il un diagnostic fiable et des traitements efficaces ?

É. C. La transmission est majoritairement vectorielle, c’est-à-dire qu’elle s’opère via des moustiques appartenant à la famille des Culicidae et au genre Aedes (transmission sylvatique et urbaine) dont Ae. aegypti (principal moustique en cause actuellement) et Ae. albopictus (transmission urbaine). Le virus est transmis aux arthropodes (animaux invertébrés) hématophages lors de leur repas sanguin. Le virus qui se multiplie chez l'hôte vecteur sans l'affecter, reste présent chez l'insecte durant toute sa vie pour être à nouveau transmis aux animaux réservoirs au cours du repas suivant.

 

À ce jour, seul un cas de transmission sexuelle a été rapporté aux États-Unis par un patient malade de retour du Sénégal qui a contaminé sa femme alors que le virus Zika n’était pas présent aux États-Unis. Si la transmission par transfusion sanguine n’a jamais été avérée, le risque ne peut être écarté car il existe une virémie très transitoire. Lors de l’épidémie en Polynésie française, deux cas de transmission périnatale ont été décrits. L’infection des nouveau-nés se serait produite par voie transplacentaire ou lors de la délivrance. La transmission par le lait n’a pas été démontrée mais la question reste posée.

 

Il n’existe aujourd’hui dans le commerce, aucun kit diagnostique pour la détection du génome viral, ni kit sérologique (immunofluorescence, Elisa ou test rapide). En outre, les caractéristiques physico-chimiques et la sensibilité aux désinfectants du virus Zika restent inconnues, ce qui laisse peu de voie à un traitement antiviral ou à un vaccin. De fait, le traitement doit être symptomatique et antalgique et sans recours aux anti-inflammatoires.

 

Peut-on estimer l’amplification et la vitesse de propagation de l’épidémie ?

É. C. Pour ce faire, il faut mener une investigation épidémiologique de terrain. Les scientifiques et médecins se réfèrent à des courbes épidémiques (nombre de cas en fonction du temps) qui prennent en compte deux paramètres essentiels : le ratio de reproduction et l’intervalle intergénérationnel. Les études épidémiologiques permettent de planifier les actions de santé communautaire et de rentabiliser au mieux les moyens disponibles, mais se heurtent à des difficultés logistiques, notamment des problèmes de ressources humaines insuffisantes.

 

Quel est le risque d'importation de cas en France métropolitaine ?

É. C. L’épidémie est particulièrement virulente au Brésil depuis mai 2015. Mais le virus ne connaît pas les frontières. Le haut conseil de la santé publique (HCSP) dont je fais partie a fait le point des connaissances sur le virus Zika, les modalités de transmission, la situation épidémiologique, l’expression clinique des infections par ce virus et les moyens de diagnostic biologique. Compte tenu de la présence des moustiques vecteurs et des flux de voyageurs, le HCSP a évalué le risque d’introduction de la maladie Zika et l’impact épidémique possible dans les départements français d’Amérique, à La Réunion, à Mayotte où Aedes aegypti est implanté ainsi que dans les départements métropolitains dans lesquels Aedes albopictus est implanté.

 

Plutôt que de rajouter à l’inquiétude naissante, il faut insister sur la lutte anti-vectorielle qui doit se faire à l’échelle collective mais surtout individuelle : campagne de démoustication, élimination des eaux stagnantes sur les terrasses et les balcons…Pour le moment, les moustiques sont encore en phase d’hibernation, en particulier sur la Côte d’Azur et l’ensemble du sud de la France. Mais leur inexorable progression géographique les amène peu à peu vers d’autres régions, notamment en Île-de-France depuis l’été 2015. Il faut donc se préparer à la lutte contre les moustiques comme cela se pratique régulièrement dans les pays d’endémie de dengue et de chikungunya car les vecteurs Aedes partagent de nombreux points communs dont celui de potentiellement transmettre le Zika, en plus de la dengue et du chikungunya.

Pour en savoir plus :

Éric Caumes est professeur de maladies infectieuses et tropicales à l’UPMC et chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Ce service dispose d’un réel savoir-faire dans la prise en charge des maladies hautement contagieuses par voie respiratoire notamment celles qui nécessitent un isolement.

 

Les membres de l’équipe sont spécialisés dans la prise en charge des pathologies tropicales et des pathologies au retour de voyage et celle des patients immunodéprimées, notamment les patients affectés par le VIH et les transplantés d’organes. Éric Caumes est également président du Comité des maladies liées aux voyages et des maladies d’importation, membre du Haut Conseil de Santé Publique et rédacteur en chef du Journal of Travel Medicine.

 

Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique (Inserm/UPMC)Nouvelle fenêtre

 

Équipe « Épidémiologie clinique de l'infection à VIH : stratégies thérapeutiques et comorbidités »Nouvelle fenêtre

 

Haut conseil de santé publiqueNouvelle fenêtre

 

À lire : Tintin's travel traumas: Health issues affecting the intrepid globetrotter. Éric Caumes, Loïc Epelboin, France Leturcq, Phyllis Kozarsky, Peter Clarke. Presse Med. (2015) Doi : 10.1016/j.lpm.2015.01.006



05/02/16