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Où en est la recherche VIH à l’UPMC ?

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Où en est la recherche sur le VIH à l’UPMC ?

Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est une infection toujours active et mortelle dont la pandémie est évolutive et non contrôlée : il se transmet par relations sexuelles et il n’existe pas de vaccin pour en guérir. Le Professeur Brigitte Autran est chef du département d’immunologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et professeur à la faculté de médecine Pierre et Marie Curie. Première interne à avoir pris en charge le premier patient atteint du sida à l’hôpital Claude Bernard en 1981, elle continue depuis la recherche sur le virus du sida.

 

 

Comment se positionne la Pitié-Salpêtrière au niveau de la recherche VIH ?

Entre les unités d’immunologie, de virologie et de recherche clinique épidémiologique, nous sommes aujourd’hui entre 100 et 120 personnes à travailler quotidiennement sur le sujet. Nous avons été les premiers à mettre en évidence un certain type de réponse immunitaire protectrice contre le VIH en 1987, ainsi que les premiers à démontrer les capacités des traitements antirétroviraux pour aider le système immunitaire à se reconstruire. Aujourd’hui, nous sommes très engagés dans le nouveau défi de la cure fonctionnelle, ou guérison du VIH, dont la stratégie complexe demande de réaliser d’importantes recherches : d’une part, fondamentales sur les  interactions du virus avec les cellules, d’autre part, translationnelles, sur les patients et enfin cliniques, aux niveaux nationaux, européens et internationaux.

10 000 patients infectés sont suivis par les deux groupes hospitaliers parisiens, dont 4 000 sur le site de la Pitié, ce qui en fait un des plus grands centres mondiaux de suivi médical des patients atteint de VIH ainsi qu’un centre de recherche extrêmement actif sur le VIH. Sur nos 4000 patients, 90% ont un virus indétectable. Cette statistique est comparable à tous les patients suivis dans les hôpitaux français.

Quels sont les moyens pour stopper l’épidémie ?

Nous sommes aujourd’hui dans une fausse sécurité liée au succès des traitements antirétroviraux depuis leur introduction entre 1996 et 1997 et aux progrès remarquables effectués, quant à la tolérance et à la prise de ces traitements. Mais le coût du traitement constitue une autre limitation. Dans les pays en voie de développement, qui abritent 95% de la population contaminée, plus de la moitié des malades ne sont pas traités et surtout n’ont pas accès au traitement. Cela constitue une réserve d’infection gigantesque qui est à tout moment source de contamination.

Le premier enjeu est donc de rendre le traitement accessible à tous. L’année dernière, une étude américaine extrêmement sérieuse a démontré que l’on peut avoir une efficacité de prévention de la transmission de l’infection de 98% si on traite tous les malades infectés par le VIH. Le traitement pour tous est le seul moyen de stopper l’épidémie en l’absence de vaccin. Un patient traité n’est pas contaminant mais chaque patient est à la merci d’une interruption thérapeutique qui le rendrait contaminant à nouveau. Le traitement donc doit être pris à vie. 

En France, 85 % des patients sont traités et nous nous dirigeons vers le traitement pour tous. Dans les pays en développement comme l’Afrique du Sud et le Mozambique, le taux d’infection chez les jeunes femmes de 18 à 22 ans est de 25%.  Entre la crise économique et l’absence de traitement dans certaines zones géographiques, l’épidémie peut revenir très vite. Il est donc nécessaire de maintenir une prévention très active auprès de toutes les couches de population issues de toutes les catégories sociales.

Où en est la recherche sur le vaccin ?

Le défi de la recherche sur le vaccin a été relancé depuis le « patient de Berlin » : pour la première fois dans l’histoire des 30 ans du sida, un malade semble avoir guéri. Un patient allemand atteint du sida et d’une leucémie a subi deux greffes de moelle, prélevée sur un donneur étant génétiquement protégé grâce à des mutations contre l’infection. La greffe semble donc avoir protégé le receveur mais il ne s’agit que d’un cas unique sur les 40 millions de malades dans le monde.

En ce qui concerne le vaccin, la recherche n’avance pas.  Toutes les stratégies vaccinales ont été essayées et aucune ne marche car le VIH est un virus qui a des propriétés particulières : il infecte le système immunitaire, s’intègre au génome, et peut rester silencieux dans le code génétique.  Le deuxième obstacle concerne la variabilité extraordinaire du virus : en un jour chez un patient, le virus varie autant que celui de la grippe pendant une année sur toute la planète. On ne peut donc faire de vaccin qu’en dirigeant la réponse immunitaire contre des zones très particulières et qui sont très cachées. Le troisième obstacle : les anticorps doivent reconnaitre des régions qui sont complètement enfouies à l’intérieur du virus et c’est donc physiquement quasiment impossible pour les anticorps d’être protecteurs comme ils le sont pour d’autres virus.

Ces trois obstacles n’existent pas pour les autres virus, c’est pourquoi les stratégies classiques ne fonctionnent pas. Le seul espoir pour un candidat vaccin réside dans les résultats d’une étude menée en Thaïlande sur 16.000 personnes par les états américains et thaïlandais et la firme Sanofi Pasteur. Pour la première fois en 25 ans, on a constaté un taux faible mais significatif de 30% d’efficacité. Aujourd’hui, on essaye de comprendre comment ce vaccin a peut-être un peu marché mais ce sont encore des dizaines d’années qui seront nécessaires pour trouver un vaccin.

Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine et présidente de l’International Aids Society, a lancé le programme HIV Cure, en quoi consiste-t-il ?

Les traitements antirétroviraux sont très efficaces, très bien tolérés on ne sait pas combien de temps l’organisme peut les supporter, car par définition tous les traitements sont toxiques. Il est donc impératif de continuer à faire de la recherche pour améliorer les traitements. Françoise Barré Sinoussi, a lancé un grand programme de recherche international « Towards HIV Cure » (= vers la guérison du VIH) afin de trouver le moyen thérapeutique d’éradiquer le virus de l’organisme. Les équipes de la Pitié sont engagées dans ce nouvel enjeu : nous avons des travaux internationaux en cours sur le sujet, et nous menons également des travaux en partenariat avec les équipes de recherche clinique, immunologique, virologique et épidémiologique.

 

Photo © DR - UPMC

Deux autres expertes à l'UPMC :

Jacqueline Capeau

Dominique Costagliola

 

 

 



01/12/14