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Conserver la vie depuis les abysses

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Conserver la vie depuis les abysses

Enseignant-chercheur à l’UPMC, Bruce Shillito fait partie de l’équipe Adaptation aux Milieux Extrêmes du laboratoire Systématique, Adaptation, Évolution (CNRS/UPMC/MNHN/Université Antilles Guyane/IRD). En tant que biophysicien, il conçoit et met en Âœuvre l’instrumentation nécessaire à l’observation des perturbations environnementales dans les écosystèmes hydrothermaux. Interview à quelques jours de l’embarquement pour la mission BioBaz.

 

 

Comment sont nés vos recherches et développements sur les aquariums pressurisés ?

 

Bruce Shillito : Après avoir effectué un cursus en physique, chimie et mathématiques, j’ai obtenu un DEA de biophysique à l’UPMC. J’ai poursuivi avec une thèse en biologie pendant laquelle j’ai collaboré avec un biochimiste américain travaillant avec des installations pressurisées. Je me suis dit que c’était très précieux de pouvoir étudier des animaux vivants et leur dynamique ! Dès la fin de ma thèse en 1998, je me suis tout de suite intéressé au développement des instruments sous pression, la communauté française de chercheurs étant démunie de ces outils à l’époque. En 1999, le premier aquarium IPOCAMPTM était lancé. Stocké en surface sur un bateau, l’aquarium permet d’accueillir des animaux remontés sans pression. Certains meurent mais d’autres « ressuscitent » dès qu’ils intègrent l’aquarium. IPOCAMPTM, qui en est aujourd’hui à son septième exemplaire, a intéressé plusieurs institutions : l’université de Southampton (Angleterre) en possède deux exemplaires, l’université des Açores (Portugal) un également et l’Ocean Sciences Center de Terre-Neuve (Canada) est sur le point d’en acquérir deux.

Après IPOCAMPTM, nous avons développé en 2004 un instrument conservant la pression et la température du fond pour remonter les animaux, Periscop (Projet d’Enceinte de Récupération Isobare Servant à la Collecte d’Organismes Profonds). Nous pouvions alors soit fixer des animaux dans un meilleur état, soit les transférer dans un IPOCAMPTM, les animaux étaient alors dans un état toujours meilleur pour les études.

Pour le troisième développement, financé par l’Agence Nationale de la Recherche, nous avons fait en sorte que la chaîne de pression soit maintenue du lieu de récolte au lieu d’étude à bord du bateau. Une fois les animaux remontés, on connecte le Periscop au Balist et on transfère les animaux d’un aquarium à un autre sans décompression. L’aquarium Balist est équipé pour observer les animaux, contrôler la température, renouveler l’eau en permanence, injecter ou retirer de l’eau sans décomprimer les animaux. Cet aquarium a été développé avec Gérard Hamel, ingénieur de recherche à l’Institut de Minéralogie et de Physique des Milieux Condensés (UPMC/CNRS/IRD) et aujourd’hui collaborateur bénévole.

 

Quel est votre rôle pendant la mission BioBaz ?

 

B.S : Il y a trois phases importantes pendant la campagne. Les quatre premiers jours sont consacrés à l’installation des trois principaux instruments, IPOCAMPTM, Periscop et Balist. Il faut embarquer ces deux tonnes de matériel, les monter dans le laboratoire puis faire tous les raccords en eau, gaz et électricité. Tout doit être prêt avant la première remontée d’animaux, surtout le Periscop.

Lors des plongées, je vais participer et gérer toutes les expérimentations sous pression. Observation vidéo des animaux mais aussi contrôle des débits et des températures, mon travail s’arrête à l’ouverture des aquariums lorsque les biologistes partent effectuer les dissections en chambre froide.

La dernière étape concerne le démontage et la mise en caisse. Il faut vider le laboratoire et tout remettre en cale. Mais avant cela, il faut faire un nettoyage très poussé de tous les instruments ayant été en contact avec l’eau de mer, très corrosive.

Je serai aidé par un jeune doctorant en biologie, Kamil Szafranski, qui travaillera également avec Sébastien Duperron et Magali Zbinden sur la symbiose entre animaux marins et bactéries.

Après la campagne, je participerai au compte-rendu de la campagne. Il est fondamental que je possède une formation de biologiste car tout est réfléchi ensemble, entre différents spécialistes. Cela me permet de concevoir des instruments véritablement adaptés aux problématiques de biologie.

Avez-vous un message à adresser au grand public ?

 

B.S : L’océan profond est le plus grand environnement de la planète mais aussi celui que l’on connaît le moins. La découverte des sources hydrothermales dans les années 70 a déclenché une vague d’intérêt scientifique pour l’océan profond. La dorsale océanique mesure 70 000 kilomètres et des sources hydrothermales avec de la vie y sont nichées un peu partout. Un sous-marin profond scientifique explorant l’équivalent d’un terrain de foot lors d’une plongée, et sachant qu’il n’y a qu’une demi-douzaine de ces engins dans le monde, et qu’enfin les fonds sous-marins représentent les deux tiers de la surface de la Terre… Il reste tant de choses à découvrir ! Chaque jour apporte son lot de connaissances mais chaque jour aussi, l’océan se dégrade un peu plus à cause de l’Homme. Par exemple, l’océan absorbe en grande quantité le dioxyde de carbone que nous rejetons dans l’atmosphère, mais il ne pourra pas jouer indéfiniment ce rôle d’éponge sans conséquences graves pour l’environnement. Au-delà, surpêche, pollution, forages pétroliers, et bientôt exploitation minière sont autant de sujets préoccupants pour l’avenir. Détruire cet univers énorme et merveilleux nous nuit et nuit aux générations futures.

 

 

Le laboratoire Systématique, Adaptation, EvolutionNouvelle fenêtre

 

L’interview de François Lallier, chef de la mission BioBazNouvelle fenêtre

L’interview de Sébastien Duperron, spécialiste de la symbiose entre animaux marins et bactériesNouvelle fenêtre

L’interview de Magali Zbinden, spécialiste de la symbiose entre bactérie et crevetteNouvelle fenêtre

 

AbyssBox, la vie des profondeurs enfin révélées au grand publicNouvelle fenêtre

 

 



30/07/13