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L'Iran, terre de failles et de séismes

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L’Iran, terre de failles et de séismes

Responsable du directoire de la recherche de l’UPMC, Bertrand Meyer est géologue et professeur à l’Institut des sciences de la Terre de Paris (iSTeP, CNRS/UPMC). Il s’intéresse aux mécanismes de déformation de la lithosphère continentale, à la géologie des tremblements de terre et connait bien l’Iran, terrain d’exploration privilégié de nombreux chercheurs de l’ISTeP. Il revient sur les trois derniers séismes qui s’y sont produits depuis le mois d’avril.

 

 

Trois séismes destructeurs (Mw = 6.3 le 9 avril, Mw = 7.8 le 16 avril et Mw= 6.1 le 11 mai) ont récemment frappé l’Iran. Ils se sont tous les trois produits sur des failles différentes et leurs épicentres sont distants de plusieurs centaines de kilomètres. Ces tremblements de terre se sont produits dans une même zone, la zone de convergence entre les plaques Arabie et Eurasie qui se rapprochent d'environ 20 à 25 mm par an. Il s'agit donc de la même frontière de plaque même s'il s'agit de failles différentes. 

 

À l'ouest du détroit d'Hormoz, la frontière de plaques est large et cette convergence est absorbée par une zone de collision large s'étendant du Zagros jusqu'à l'Alborz et la mer noire, en englobant le plateau Iranien. Les failles y sont distribuées, inverses dans le Zagros, décrochantes sur le plateau Iranien, inverses et décrochantes dans l'Alborz. 

Le séisme du 9 avril, de magnitude 6.3, s'est produit sur une petite faille inverse. La taille du plan qui a rompu est d'environ 10 km de long, 10 km de large pour un glissement de l'ordre de quelques décimètres. Ce séisme est superficiel, son hypocentre se trouvant à environ 10 km de profondeur. 

 

À l'est du détroit d'Hormoz, la frontière de plaques est étroite et l'essentiel de la convergence entre les plaques est absorbée au niveau d'une zone de subduction faiblement inclinée vers le Nord. La zone de subduction du Makran, accueille le reste d'un océan, maintenant résorbé à l'ouest d'Hormoz, qui continue de passer sous la lithosphère continentale de l'Iran. La grande faille qui marque la frontière de plaque correspond au plan de subduction.

 

Le séisme de magnitude 7.8 du 16 avril, 180 fois plus énergétique que le séisme du 9 avril, ne s'est pourtant pas produit sur le plan de subduction mais sur une faille intraplaque située dans la plaque océanique plongeante. La taille du plan qui a rompu devrait approcher 2500 km2 pour un glissement d'environ 6 mètres et avec un mécanisme traduisant un étirement local. Ce type de séisme ne contribue pas à absorber la convergence entre les plaques. Le dernier séisme associé au plan de subduction dans cette région daterait de 1483. Si toute la convergence est absorbée par des séismes sur cette zone de subduction et avec une mise en charge de 20 mm/an (rapprochement NS entre Arabie et Eurasie), le glissement potentiel accumulé pendant 500 ans pourrait dépasser les 10 mètres et la magnitude 9.

 

À la longitude du détroit d’Hormoz, la transition entre la zone de collision large au niveau du Zagros et la zone de subduction étroite du Makran induit un cisaillement dextre pris en compte par des failles décrochantes. Le séisme du 11 mai de magnitude 6.1 s’est produit sur l’une de ces failles décrochantes.

L'Iran est donc une zone particulièrement intéressante car elle permet d'étudier "in vivo" comment s'absorbe la convergence entre deux plaques à la transition entre un domaine en collision et un domaine encore en subduction.

 

*Mw : magnitude de moment ou d'énergie

 

 

© IsTeP

 



16/05/13