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Séisme en Iran : décryptage d’un géologue de l’UPMC

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Séisme en Iran : décryptage d’un géologue de l’UPMC

Responsable du directoire de la recherche de l’UPMC, Bertrand Meyer est géologue et professeur à l’Institut des sciences de la Terre de Paris (iSTeP, CNRS/UPMC). Il s’intéresse aux mécanismes de déformation de la lithosphère continentale, à la géologie des tremblements de terre et connait bien l’Iran, terrain d’exploration privilégié de nombreux chercheurs de l’ISTeP. Un séisme d’une magnitude de 6,3 s’est produit en Iran le mardi 9 avril 2013. Les tremblements de terre sont-ils prévisibles ? Les réponses de Bertrand Meyer.

 

Un séisme vient d’avoir lieu dans la région du Zagros en Iran, les tremblements de terre sont-ils récurrents dans ce pays ?

 

Bertrand Meyer : le Zagros, chaîne de montagnes au front de la collision entre Arabie et Eurasie, est une région d’Iran caractérisée par une activité sismique très importante. Des tremblements de terre s’y produisent quotidiennement mais tous ne sont pas perceptibles par l’homme. Le séisme du 9 avril, d’une magnitude de 6,3, est un tremblement de terre important pour le Zagros mais il s’agit d’un séisme de taille moyenne. Une magnitude de 6,3 correspond à un déplacement moyen de 40 à 50 centimètres sur plan de faille de 10 kilomètres de long et 10 kilomètres de large.

Ce séisme s’est produit dans une zone de convergence marquée par les chaînons montagneux du Zagros. En rentrant en collision avec la plaque eurasiatique, la bordure de la plaque arabe s’est raccourcie et épaissie, formant les plis du Zagros (voir photo). Certains de ces plis mesurent jusqu’à 100 km de long, 10-20 km de large, 2 km de haut et sont observables depuis l’espace. Ces plis affectent une série sédimentaire épaisse de plusieurs kilomètres avec à sa base une couche de sel, déposée au Cambrien il y a environ 550 millions d’années. Le sel se déformant très facilement, la couverture sédimentaire se raccourcit plus facilement que le socle précambrien situé sous la couche de sel.

Il est probable que la faille inverse associée à ce tremblement de terre soit responsable de la formation des plis. Il est cependant difficile d’écarter l’hypothèse de la réactivation d’une faille de socle, située sous la couche de sel, sans investigations plus poussées.

 

 Quelles sont les conséquences d’un tremblement de terre sur le paysage iranien ?

 

 B.M : Il y a de nombreuses failles en Iran : chevauchantes dans l’Alborz, décrochantes sur le plateau iranien et chevauchantes dans le Zagros. Dans le cas du Zagros, une question difficile à résoudre se pose lors de chaque tremblement de terre : le séisme s’est-il produit sur une faille affectant la couverture sédimentaire ou sur une faille plus profonde impliquant un raccourcissement du socle plus rigide ?

Compte tenu de la couche de sédiments d’une dizaine de km d’épaisseur et de l’hypocentre du tremblement de terre à 10 km de profondeur, il est difficile de conclure a priori. Et ce, d’autant plus que la rupture atteint rarement la surface du sol dans cette région pour de telles magnitudes.

Grâce aux stations sismiques installées dans la région, nos collègues iraniens vont enregistrer les répliques qui se produisent dans les semaines qui suivent le choc principal. Leur distribution pourra nous apporter des éclairages sur la zone qui vient de se déformer. Un moyen utile pour discriminer une faille qui est dans la couverture sédimentaire d’une faille qui affecte le socle, serait de regarder la déformation de la surface du sol avec l’aide de satellites. Si la faille est proche de la surface, il y aura une déformation d’amplitude plus importante et de longueur d’onde plus faible que si la faille est plus profonde. Nous en saurons donc plus lorsque les informations transmises par les satellites auront été analysées.

Lorsqu’un tremblement de terre de magnitude 8 se produit, le paysage se modifie et l’on observe des décalages de la surface du sol pouvant atteindre la dizaine de mètre. Dans le cas de ce tremblement de terre de magnitude assez modérée, si la faille en cause se trouve dans la couverture sédimentaire, le pli associé aura peut-être grandi de quelques centimètres. Qu’il soit localisé dans la couverture sédimentaire ou dans le socle, ce tremblement de terre est le témoignage le plus récent d’une histoire géologique qui se poursuit depuis plusieurs dizaines de millions d’années. Le Zagros va continuer à se raccourcir et la déformation va se propager vers le sud. Dans quelques millions d’années, le Golfe Persique dont la profondeur est inférieure à 100 mètres, aura sûrement disparu !

 

Est-il possible de prédire les séismes ?

 

B.M : Les études géologiques et paléosismologiques nous informant sur le fonctionnement des failles qui produisent des tremblements de terre à intervalles plus ou moins réguliers. Elles nous renseignent également sur la taille du tremblement de terre qui pourrait se produire dans une région. Personnellement, je pense que les séismes ne pourront jamais être prédits. Quand bien même on y parviendrait, personne ne pourrait empêcher le tremblement de terre de se produire. Mieux vaut donc connaître la taille des séismes qui risquent de se produire dans une région donnée pour se prémunir de leurs effets en construisant des bâtiments qui résisteront aux secousses, qu’espérer prévoir le moment très précis où ils vont frapper. Le risque sismique est aussi fonction du produit intérieur brut (PIB) : c’est la raison pour laquelle un séisme de magnitude modérée fait beaucoup plus de victimes en Arménie qu’en Californie ou au Japon.

 

 

 

Crédit photo : ISTeP

 

Lire l’interview de Bertrand Meyer sur ses activités de rechercheNouvelle fenêtreNouvelle fenêtre

 

 



12/04/13