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Exploitation des ressources minérales marines profondes

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Exploitation des ressources minérales marines profondes

Les conclusions d’une expertise scientifique collégiale sur les impacts environnementaux

 

La France est riche de ressources minérales marines profondes, et dont une exploitation sans prise en compte des impacts potentiels pourrait affecter la biodiversité, les écosystèmes et les habitats profonds. Nadine Le Bris et François Lallier, professeurs UPMC, respectivement au laboratoire d'écogéochimie des environnements benthiques (LECOB, UPMC/CNRS) et à la station biologique de Roscoff (CNRS/UPMC), ont participé à une expertise scientifique collective (ESCo) prescrite en 2012 par le Ministère de l'Écologie, du Développement Durable et de l'Énergie (MEDDE). Ils reviennent sur les champs d’action de l’expertise, dont les principales conclusions sont présentées à l’occasion d’un colloque de restitution organisé le 19 juin 2014 par le CNRS, l’Ifremer, le MEDDE et le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR).

 

De toute évidence, l’océan profond et la biosphère marine n’intéressent pas que les scientifiques…

Face à la raréfaction de certains métaux stratégiques pour l'économie mondiale, de nombreux acteurs internationaux se positionnent pour explorer les richesses minérales que contiennent les grands fonds océaniques (nodules polymétalliques, sulfures hydrothermaux, encroûtements cobaltifères). L’intérêt pour certains environnements profonds sur les dorsales océaniques, les monts sous-marins ou les plaines abyssales est donc motivé par le développement des activités d’exploration et d’exploitation des ressources minérales, énergétiques et biologiques des grands fonds, comme par exemple les sulfures polymétalliques.

 

En quelques années, les écosystèmes profonds en périphérie des sources hydrothermales et d’autres hotspots écologiques sont devenus une cible privilégiée de cette exploration, alors même que leur fonctionnement, leur rôle dans les grands cycles biogéochimiques, et leur biodiversité restent mal connus. Les conséquences environnementales d’une exploitation de ces ressources minières posent donc nombre de questions concernant la vulnérabilité de ces écosystèmes, les mécanismes permettant le maintien de la biodiversité et la conservation des espèces, qui font appel à des connaissances largement inconnues à l’heure actuelle.

 

Cheminée hydrothermale inactive en périphérie de zone active. © Ifremer / Campagne MomarDream

 

Les contours de l’expertise scientifique collégiale

L'ESCo a été centrée sur les ressources riches en métaux (nodules polymétalliques, encroûtements riches en métaux, sulfures hydrothermaux) qui ne sont pas exploités à ce jour, mais pour lesquels de nombreux pays se mobilisent. L'expertise ne portait pas sur une zone géographique particulière mais sur certains environnements rencontrés à la fois sur les grands fonds sous juridiction des pays (les ZEE) ainsi que sur les zones situées au-delà des juridictions nationales.

 

Il s'agissait tout d’abord de faire le point des connaissances sur les ressources minérales concernées, ainsi que sur les écosystèmes et milieux associés, leur fonctionnement, les services écosystémiques qu'ils assurent. L’expertise considère également les impacts potentiels sur ces milieux, ces services et ces usages, et identifie les mesures nécessaires pour suivre l'évolution de ces environnements et contrôler les impacts des différentes phases d'exploitation.

 

Massifs de coraux profonds, espèces ingénieures. © UPMC / Chaire Fondation Total

 

L’UPMC, a participé à cette expertise menée sous la coordination du CNRS et d’Ifremer. Plusieurs laboratoires conjoints de l’UPMC et de l’Institut Ecologie et Environnement du CNRS sont en effet fortement impliqués dans les recherches menées sur la biodiversité et les écosystèmes profonds. Ces recherches menées dans les stations marines de Roscoff et de Banyuls, ainsi que sur le campus de Jussieu, cherchent à décrire les adaptations des espèces aux environnements extrêmes, d’une part, les réseaux d’interactions complexes qui lient les communautés d’organismes à leur environnement exceptionnel et leur réponse aux perturbations naturelles ou induites par l’homme.

 

Coordinateurs de plusieurs campagnes sur les sources hydrothermales profondes, Nadine Le Bris et François Lallier, professeurs à l’UPMC, ont participé au groupe d’experts qui associait des scientifiques d’Ifremer et du CNRS.

 

Un large corpus de publications a été analysé permettant de faire un point complet des connaissances sur des systèmes géologiques et écologiques longtemps restés peu accessibles, avant le développement et l’utilisation pour la recherche des engins submersibles de grande profondeur.

 

Le chapitre Biodiversité, milieux et écosystèmes dont ils ont assuré le pilotage identifie les connaissances actuelles sur la diversité et la spécificité des espèces associées aux sources hydrothermales, aux encroûtement de manganèse sur les monts sous-marins et aux champs de nodules des plaines abyssales. Il fait également le point sur les propriétés de ces écosystèmes remarquables très différents de ceux des zones côtières ou de la surface des océans.

 

La connaissance des processus qui lient les espèces à des environnements marins exceptionnels, couvrant de larges gammes de température, de toxicité, d’acidité, est au coeur des recherches menées dans les laboratoires conjoints de l’UPMC et du CNRS.

 

Ces nouveaux enjeux liés aux grands fonds posent la question du maintien de la biodiversité, notamment par la mise en place d’Aires Marines Protégées, des fonctions des écosystèmes et de leur rôle dans l’océan profond, ou encore de l’évaluation des services écosystémiques. Pour toutes ces questions, les unités mixtes de recherche de l’UPMC et du CNRS sont particulièrement préparées.

 

Dans un cadre de collaborations qui associent de nombreux chercheurs du CNRS, de l’Ifremer du MNHN, et d’institutions internationales, ces recherches ont en effet la particularité de nécessiter des approches interdisciplinaires et des équipements spécialement développés (capteurs, aquariums sous pression, biopuces et marqueurs moléculaires). Il sera également intéressant de mobiliser dans ce contexte les compétences en écologie numérique et dans d’autres domaines de l’océanographie, notamment biogéochimique, de l’UPMC.

Pour en savoir plus :

Laboratoire d'écogéochimie des environnements benthiques, (LECOB, UPMC/CNRS)Nouvelle fenêtre, station marine de BanyulsNouvelle fenêtre

 

Unité mixte de recherche « Adaptation et diversité en milieu marin » (AD2M, CNRS/UPMC)Nouvelle fenêtre, station biologique de RoscoffNouvelle fenêtre

 

Ministère de l'Écologie, du Développement Durable et de l'Énergie (MEDDE)Nouvelle fenêtre



30/06/14