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Vieillir : pour ou contre ?

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Vieillir : pour ou contre ?

Comme si nous avions le choix ! Et quand bien même, comment hésiter ? L’une des plus longues querelles de l’histoire de la philosophie a débuté au VIIe siècle av. J.-C. par ce vers de Solon, « Puissè-je devenir vieux en apprenant toujours », en réponse à son contemporain le poète Mimnerme de Colophon, qui citait l’histoire de la déesse Aurore. Solon entreprend-là une défense de la vieillesse : non seulement une vie de 80 ans ne lui fait pas peur, mais il peut espérer qu’à sa mort on le pleurera, preuve qu’il n’aura pas atteint le fond de la décrépitude. Platon, Aristote, Plutarque, Épicure, Montaigne et bien d’autres encore se font l’écho de cette querelle.

 

Les « contre »

Les « anti-vieillesse » se focalisent sur le processus d’usure qui diminue les performances physiques et intellectuelles. Il y a un point culminant de la vie au-delà duquel l’espace se restreint et le temps se borne. Il nous arrive, certes, d’admirer de sages, d’énergiques, voire de beaux vieillards. En réalité, nous contemplons chez eux la sagesse, l’énergie ou la beauté qu’ils conservent en dépit de leur grand âge. La vieillesse, elle, n’est jamais admirable.

 

Les « pour »

Pour les défenseurs, et parmi eux Cicéron, la vieillesse n’est pas un déclin, mais une libération des passions qui autorise enfin, la sagesse. La vieillesse n’est détestable que lorsqu’elle clôt une vie sans vertu ni raison. Ce n’est donc pas la vieillesse que l’on abhorre, mais la vie déréglée. Si, en revanche, l’existence est bien conduite, la vieillesse devient une récompense. La perte d’énergie est largement compensée par la lucidité et l’expérience.

 

Faux ! rétorque Nietzsche

La sagesse n’est qu’un cosmétique de plus pour une vieillesse qui se ment et refuse de voir sa déchéance. Toute la philosophie n’aurait-elle été inventée que pour consoler le vieillard ? Pour le convaincre que son impuissance était mérite, que son naufrage était port, que son manque d’appétit était ascèse, que sa fatigue était sérénité, que son égoïsme était recueillement ? Derrière la prétendue sagesse du vieux philosophe, dit Nietzsche, rien d’autre qu’une immense lassitude.

 

Mais pourquoi renoncer à cette consolation de la philosophie ? Après tout, on peut être lucide sur son déclin tout en s’efforçant de le vivre le mieux possible. Tant que la vie résiste à la mort, il peut y avoir des projets et du sens. Sans doute ne faut-il plus espérer, passé un certain âge, pouvoir changer du tout au tout ou devenir autre qu’on est, mais on peut se réconcilier un peu avec soi, avec les autres et avec le monde. Rousseau écrit dans ses Rêveries, quelques mois avant sa mort : « Je n’ai pas, comme Solon, le bonheur de pouvoir m’instruire chaque jour en vieillissant, […] Heureux si par mes progrès sur moi-même, j’apprends à sortir de la vie, non meilleur, car cela n’est pas possible, mais plus vertueux que je n’y suis entré ».

 

Impossible, sans doute, de trancher cette querelle : au jeu du plus lucide chacun prétend avoir le dernier mot ; mais elle permet au moins de comprendre la source de l’extrême difficulté qu’il y a à répondre à la question suivante : à quel âge devient-on vieux ?



28/07/14