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Peut-on guérir la vieillesse ?

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Peut-on guérir la vieillesse ?

Malgré les progrès de l’industrie cosmétique, de la médecine, et l’augmentation de l’espérance de vie, la vieillesse n’a guère changé de visage au fil des siècles. Sans doute arrive-t-elle plus tard, peut-être est-elle plus courte, mais elle est toujours ridée, abimée et marquée par le syndrome du glissement et l’épreuve du rétrécissement.

 

Il est plus difficile de se convaincre que « ça ira mieux demain ! », car si la maladie peut guérir, la vieillesse - qui n’en est pas une – est incurable. Il est de moins en moins évident de récupérer après un rhume, une grippe ou une fracture du col du fémur. La santé est, dit-on, le silence du corps. Avec la vieillesse, le corps se fait de plus en plus bavard … au point de devenir même le sujet exclusif des conversations.

 

Seul(e) au monde ?

Moins haut, moins fort, moins vite : à rebours de l’idéal olympique, le vieillard laisse courir le monde sans plus pouvoir le suivre. Il devient plus craintif, inhibé, sourd, absent, rétif au lien, égocentré, mesquin… Tous les maux de l’âge et toutes les tares décrites par Aristote, dans sa Rhétorique, convergent vers la solitude. D’abord touché par la solitude physique ou l’isolement, le vieillard est ensuite atteint par la solitude morale ou la désolation, ce sentiment d’être abandonné par tous et par tout (les amis décédés, les enfants éloignés, une époque trop pressée). Arrive enfin la solitude métaphysique, comme Pascal l’écrit, « on meurt toujours seul ». Le véritable problème de la vieillesse n’est donc pas tant le cortège des maladies que cette solitude qu’elle entraîne.

 

Des réponses au défi de la vieillesse solitaire

Pour lutter contre les solitudes, il faut veiller à ce que personne ne reste jamais seul. La vie communautaire prime sur l’originalité individuelle à chaque étape de la vie, et du matin jusqu’au soir. Rien n’est laissé au hasard ni à l’aléatoire, mais rien non plus à la liberté ni à l’intimité personnelle. Cette solution très rassurante est aussi très étouffante.

 

Le détachement, le lâcher-prise ou la résignation permet de convaincre que tous les liens sont fugaces et mortels, pour ne jamais souffrir de la solitude. Il faut comprendre qu’on est en fait toujours seul et que toutes nos souffrances viennent de cette croyance absurde en des attachements éternels. Cette sagesse lucide et sublime exige cependant une discipline de fer.

 

La plupart des liens sont mortels, sauf un qui lui ne meurt jamais, le lien salutaire à Dieu, l’Éternel, qui subsiste envers et contre tout. Et si l’on parvient à aimer d’autres personnes en Dieu, cet amour-là, garanti par le divin, ne sera pas menacé par la fugacité des choses. Magnifique promesse, mais qui n’engage, comme on le dit en politique, que ceux qui parviennent à y croire.

 

Le dénouement

Si tous ces ingrédients du « bien vieillir » sont finalement assez banals, ils nous permettent de vivre en attendant la mort, véritable dilemme en soi : la faut-il espérer pleine de conscience pour goûter l’ultime expérience ou, au contraire, vide de sens pour ne « pas se sentir mourir » ? Doit-elle être préparée pour se séparer de ceux qu’on aime ou subite pour qu’elle n’ait rien contaminé dans notre existence ?

 

Schopenhauer tranchait ainsi : « L’affaiblissement progressif de toutes les forces à mesure qu’on vieillit est certes une bien triste chose, mais nécessaire et même bienfaisante ; autrement, la mort, dont il est le prélude, deviendrait trop pénible. Aussi l’avantage principal que procure un âge très avancé est l’euthanasie, c’est-à-dire la mort éminemment facile, sans maladie qui la précède, sans convulsions qui l’accompagnent, une mort où l’on ne se sent pas mourir » (Aphorismes sur la sagesse dans la vie, op. cit., p. 171). Par où il espérait qu’on puisse enfin mourir de vieillesse … Il appelait cela l’euthanasie : la bonne mort.



28/07/14