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À quel âge devient-on vieux ?

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À quel âge devient-on vieux ?

Les Français, interrogés par sondage, s’accordent sur 75 ans environ, mais ajoutent aussitôt, ce qu’ignorent les sondages, que ce n’est pas une question d’âge ; que les artères comptent moins que le cœur ; et que, peu importe les ans, pourvu que l’on reste jeune d’esprit. L’âge de la vieillesse est donc très relatif de nos jours comme jadis. Face à un Caton toujours fringant à 80 ans, Montaigne, pourtant loin d’être sénile, se voyait vieux à 40 ; et à l’époque de Balzac, une femme de trente ans avait sa vie derrière elle. Mais aujourd’hui que les technologies médicales et cosmétiques nous permettent de réparer des ans l’irréparable outrage, le seuil semble être plus brouillé que jamais. Il se joue davantage dans la trame des existences que dans le calcul du nombre de saisons.

 

Les intellectuels

Le philosophe Jean Baudrillard raconte au début des Cool Memories comment, un matin d’octobre 1980, il eut le sentiment de vivre « le premier jour du reste de sa vie ». Jusqu’ici il avait grandi, progressé, espéré des expériences nouvelles et toujours plus intenses ; et puis un jour, il sentit que tout cela était derrière lui : le grand amour, son meilleur livre, ses enthousiasmes les plus forts. « C’est fait, c’est comme ça, … c’est ici que commence le reste de la vie ». Telle est là une belle, et peut-être même grandiose définition de la vieillesse, il faut choisir, dans une ambivalence profonde, entre une tragédie ou une nouvelle aventure. « Le reste est ce qui vous est donné par surcroît, et il y a un charme et une liberté particulière à laisser se dérouler n’importe quoi avec la grâce, ou l’ennui, d’un destin ultérieur ».

 

Les sportifs

Les sportifs de haut niveau sont vieux très jeunes, puisque « le reste de leur vie » advient de manière précoce, presque en même temps que l’âge adulte. Certains figurent malgré tout, une fois retraités, en tête des classements des personnes les plus admirées des Français (en compagnie d’autres « vieux », comme le furent l’abbé Pierre ou soeur Emmanuelle). Sans doute parce qu’ils démontrent que la compétition n’est pas une fin en soi et qu’il peut y avoir une vie après la concurrence et la performance. Ainsi, arrêter de grandir, ne signifie pas forcément décliner et mourir, on peut aussi élargir sa pensée et approfondir son être.

 

Vivre le reste de sa vie est une chose, vivre la fin de sa vie en est une autre. Si la première vieillesse, celle des retraités « bon pied bon œil », peut s’épanouir dans notre époque réputée jeuniste, une seconde vieillesse risque fort de s’y répandre aussi, celle du très grand âge, de la dépendance et d’Alzheimer. Et chacun d’entre nous voudrait bien profiter de la première en évitant la seconde. Du coup, l’espérance de vie « sans handicap » est devenue le nouveau défi du développement durable de la personne.

 

Mais tous les progrès médicaux ne suffiront pas à effacer cette exigence existentielle que Nietzsche notait avec son habituelle cruauté : « Beaucoup meurent trop tard et quelques-uns meurent trop tôt. La doctrine “ Meurs à temps ” nous est encore étrangère ». Au fond, nous aspirons à une vieillesse qui s’achèverait comme dans l’âge d’or chanté par Hésiode. À l’époque, disait-il, « on mourrait comme on s’endort quand on tombe de sommeil ».



28/07/14