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Atteintes auditives : des gènes au traitement

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Direction de la communication

 

Marie Pinhas-Diena, responsable de la communication scientifique l T. 01 44 27 22 89 l M. marie.pinhas@upmc.fr

Atteintes auditives : des gènes au traitement

Le nombre de cas de surdités augmente avec l’âge… Quels en sont les mécanismes ? Où en est-on dans l’identification des gènes en cause ? Christine Petit est professeure au Collège de France et à l’Institut Pasteur. Elle a rejoint l’Institut de la vision (CNRS/UPMC/Inserm) pour poursuivre son activité d'exploration du fonctionnement du système auditif et d’élucidation du décryptage des causes et des mécanismes défectueux dans les atteintes auditives (curieusement il n’y a pas l’équivalence du terme malvoyance, une lacune de notre langue). Y aurait-il donc des similitudes entre déficiences visuelle et auditive ?

               

À quel âge doit-on ou peut-on poser le diagnostic ?

Christine Petit. Chez le tout-petit sourd, il importe de dépister sa surdité dès la naissance pour lui procurer un environnement sensoriel adapté qui permette son développement psychoaffectif et cognitif. Chez la personne vieillissante, la perte auditive est bien souvent insidieuse à ses débuts. Pourtant il faut savoir la diagnostiquer précocement pour éviter l’isolement de la personne et son retentissement psychique qui peut se traduire par le développement d’un état dépressif réactionnel.

 

Qui dit atteinte de l’audition, dit rupture de la communication sociale.

C. P. Durant l’évolution, le système auditif a été coopté de façon croissante au service de la communication sociale, la communication entre individus d’une même espèce. Cette dernière a pris des formes de plus en plus élaborées avec le développement du langage oral. Chez ces enfants atteints de surdité sévère ou profonde à la naissance, en l’absence d’une prise en charge précoce, l’acquisition du langage oral est particulièrement difficile. L’accès à la musique l’est aussi. Au-delà de 65 ans, environ un tiers des personnes sont gênées dans leurs échanges conversationnels. Leur qualité de vie en souffre et celle de leurs proches aussi, parce que l’échec du dialogue est non seulement celui du malentendant mais aussi celui de ses interlocuteurs. Sans prise en charge de l’atteinte auditive, le dialogue peut progressivement se réduire au minimum nécessaire à la vie domestique.

 

Le comportement des malentendants varie d’une région à l’autre : au Nord de l’Europe, on affiche sa « malentendance » et on demande explicitement à son interlocuteur de s’y adapter. Au Sud, au contraire, on feint de comprendre, on répond de façon inadaptée puis on se mure dans le silence et la stigmatisation s’installe.

 

Les enfants atteints de surdités légères ou moyennes sont souvent confrontés à des échecs scolaires dès les premiers apprentissages, en particulier celui de la lecture. Un tiers des enfants initialement diagnostiqués comme dyslexiques se révèlent secondairement atteints d’une baisse de l’acuité auditive.

 

La cochlée est l'organe sensoriel auditif. Ces dernières années, les implants cochléaires se sont très largement démocratisés.

C. P. L’implant cochléaire, invention française, « arrache » l’enfant sourd profond au silence. Il apprend à parler. C’est une avancée technologique remarquable qui a de plus contribué à comprendre quels sont les paramètres acoustiques des sons de parole qui sont essentiels à son intelligibilité. De plus en plus de personnes adultes devenues malentendantes sont aussi implantées avec souvent de très bons résultats. Toutefois l’implant cochléaire ne permet pas une qualité d’écoute de la parole dans le bruit ; il ne permet pas non plus une écoute musicale satisfaisante.

 

Quelles autres solutions la science propose-t-elle ?

C. P. Les recherches sur les surdités portent depuis une vingtaine d’années quasi exclusivement sur les formes héréditaires. Mon équipe a identifié une vingtaine de gènes de surdité et contribué à la recherche d’une dizaine d’autres. Aujourd’hui, plus de 70 gènes responsables de surdités sont connus. Ils permettent d’individualiser autant de formes. Pour chacune d’elles, les mécanismes défectueux en cause sont ensuite élucidés. Les surdités héréditaires dont on sait maintenant qu’elles représentent 80% des surdités sévères ou profondes et qu’elles sont presque exclusivement dues à une atteinte cochléaire, peuvent être regroupées en quelques grands tableaux pathogéniques.

 

Muni de cette information, on peut anticiper le bénéfice que devraient procurer les différentes prothèses, prothèses auditives conventionnelles ou implants cochléaires. On est aussi en mesure de prédire les facteurs aggravants des diverses atteintes auditives. On est également amené à repenser la signification de certains tests audiologiques pratiqués chez l’homme. Enfin, la connaissance de la pathogénie des diverses atteintes permet d’envisager parmi les nouvelles voies thérapeutiques celles qui seront les plus appropriées. Aujourd’hui, trois nouvelles voies se dessinent : la thérapie pharmacologique, la thérapie génétique, et la thérapie cellulaire.

 

Quels sont les freins ?

C. P. La thérapie génique est encore balbutiante ; elle n’a jusqu’ici été testée que sur des modèles animaux (souris porteuses de mutations dans les mêmes gènes que ceux défectueux chez l’homme). Ces souris mutantes miment fidèlement la pathologie humaine. La thérapie génique pourrait se développer assez rapidement pour les formes de surdité de survenue tardive. Pour les formes plus précoces, la situation est plus complexe car beaucoup des anomalies sont apparues durant la vie intra-utérine. La thérapie cellulaire fondée sur les cellules souches vient de prendre un tournant majeur avec la résolution récente d’un certain nombre d’obstacles.

 

La France a abandonné l’audiologie dans ses différentes filières d’enseignement. Le regrettez-vous ?

C. P. La science de l’audition devrait être réhabilitée, ce qui suppose le développement d’un enseignement dédié. Interdisciplinaire par essence (impliquant physiciens, électro-physiciens, biologistes cellulaires et moléculaires, cristallographes), cet enseignement permettrait de promouvoir une approche raisonnée du diagnostic moléculaire (génétique) des surdités précoces et tardives, ainsi qu’un renouvellement de l’exploration auditive intégrant les avancées scientifiques. Il dynamiserait la recherche dans le domaine et préparerait les conditions du transfert à la clinique des avancées scientifiques à venir.

 

Dans le syndrome de Usher, l’audition n’est pas le seul sens affecté.

C. P. Le syndrome de Usher est une atteinte héréditaire touchant l’audition à la naissance et la vision ultérieurement, en raison d’une rétinopathie pigmentaire. C’est la principale cause de surdité associée à une perte de la vision chez le sujet jeune. Sa prévalence est d’une personne sur 10 000. Les trois types cliniques du syndrome se distinguent par la sévérité de l’atteinte auditive, la précocité de la rétinopathie pigmentaire et la présence ou non de troubles vestibulaires (troubles de l’équilibre). La forme 1 est la plus sévère : la surdité est profonde et l’atteinte de la vision précoce.

 

Fragmentation de la touffe ciliaire (structure de réception aux sons des cellules sensorielles auditives), vue en microscopie électronique à balayage. À gauche, chez une souris normale, à droite, chez une souris mutante dans un gène responsable du syndrome de Usher de type 1 : la touffe ciliaire est fragmentée. D. R.

 

Pourquoi avoir créé le réseau européen Treatrush ?

C. P. La fréquence du syndrome de Usher a longtemps été sous-estimée. Des études récentes fondées sur le diagnostic moléculaire indiquent que ce syndrome toucherait environ 10% des enfants atteints de surdité congénitale ou de rétinopathie pigmentaire. Si la pathogénie de l’atteinte auditive est aujourd’hui bien comprise, celle de la rétinopathie pigmentaire ne l’est pas. La création du réseau européen Treatrush répond aux objectifs suivants :

  • développer un diagnostic moléculaire fiable et de faible coût ;
  • améliorer la détection et le suivi des ces patients par un rapprochement des ORLs et des ophtalmologistes ;
  • comprendre la pathogénie de la rétinopathie du syndrome ;
  • développer des traitements de cette dernière.

 

En France, ce travail est mené en étroite collaboration entre le laboratoire de génétique et physiologie de l’audition à l’Institut Pasteur et le Professeur José-Alain Sahel sur le site de l’Institut de la vision. Le projet inclut sept autres équipes européennes ainsi que deux laboratoires aux États-Unis.

 

Pour en savoir plus :

Institut de la vision (CNRS/UPMC/Inserm)Nouvelle fenêtre

 

Treatrush (TreatRetUsher)Nouvelle fenêtre



28/10/13