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À l’UPMC, on n’a pas de pétrole mais beaucoup de projets

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À l’UPMC, on n’a pas de pétrole mais beaucoup de projets

Travailler avec l’industrie, est-ce antinomique de l’idée que l’on se fait de la recherche fondamentale ? « Non, au contraire », répond Christian Gorini, professeur à l’Institut des sciences de la Terre de Paris (iSTeP, CNRS/UPMC) qui forme depuis longtemps ses étudiants aux géosciences pétrolières, à la géologie sédimentaire et à la géodynamique, en collaboration avec de grandes entreprises nationales et internationales.

 

Les campagnes océanographiques, les forages profonds et les études de terrain aident à la compréhension de la dynamique profonde de notre planète et de l’interaction de la géodynamique avec l’hydrosphère et la biosphère. Les marges continentales sont des objets complexes qui résultent du couplage entre des processus internes, superficiels et externes. Ces zones au-delà du plateau continental suscitent de nombreuses études. La proximité avec le continent et les régions peuplées justifie bien entendu cet intérêt. Mais ce sont aussi des zones riches en découvertes scientifiques ou applications potentielles : zones de pêche, richesses en hydrates de gaz, ressources pétrolières, canyons sous-marins, zones d'avalanches, volcans de boues, coraux profonds etc.

 

Campagne Marlboro-2 (UPMC, CNRS-INSU) en 2012 en mer d'Alborán au large du Maroc sur le N/O Téthys II. Illustration d'acquisition de sismique réflexion source sparker et bathymétrie multifaisceaux. D. R.

 

Les pentes continentales des fonds marins sont des zones présentant par nature une grande instabilité géologique. L'évaluation des risques associés est un objectif important de recherche au bénéfice des acteurs économiques. Sont concernés l'exploitation des ressources naturelles et énergétiques (en particulier l'industrie pétrolière), les communications sous-marines, les infrastructures côtières.

 

La plupart des exploitations potentielles des grands fonds concernent géographiquement les marges continentales. Afin d'en mieux comprendre le fonctionnement, l'ISTEP poursuit donc de nombreuses études sur ces marges et les systèmes sédimentaires et écosystèmes associés. La genèse des bassins sédimentaires est l’un des axes de collaboration majeure avec l’industrie : la compréhension des processus de transport - puis de dépôt - des sédiments des zones côtières vers les bassins profonds est sans doute une des clés pour expliquer la formation des réservoirs pétroliers au pied des marges continentales.

 

Côté académique

L’étude des marges continentales va de pair avec l’essor de concepts scientifiques ayant une implication forte pour la société, pour ses ressources comme pour ses risques. Parmi les grands questionnements scientifiques, on peut citer :

  • les mécanismes de déformation de la lithosphère ;
  • l’héritage et l’évolution rhéologique et thermique des marges continentales ;
  • les processus magmatiques ;
  • les interactions entre processus (climat, érosion, déformation) dans l’architecture sédimentaire ;
  • la compréhension des puits de carbone ;
  • la détection des sources des fluides et de la « plomberie » sédimentaire et structurale.

 

Côté industrie

Géologues, géochimistes et géophysiciens travaillent ensemble à la conception de méthodes et de logiciels pour améliorer les techniques d'exploration et de récupération des hydrocarbures, et de stockage géologique du CO2. Objectifs : produire de l'énergie avec un impact minimal sur l'environnement et repousser les limites actuelles des réserves d'hydrocarbures.

 

 

Campagne Marlboro-2 (UPMC, CNRS-INSU) en 2012 en mer d'Alborán au large du Maroc sur le N/O Téthys II. Illustration d'acquisition de sismique réflexion source sparker et bathymétrie multifaisceaux. D. R.

 

Savoir-faire et expertises en partage, ou le principe de réciprocité

Contrairement aux idées reçues, les collaborations entre laboratoires et compagnies pétrolières n’ont pas qu’un seul but lucratif. Les problématiques se rejoignent en effet en de nombreux points :

  • comprendre, analyser et modéliser des objets géologiques (bassins sédimentaires, chaînes de montagnes, récents ou anciens) ;
  • connaître les méthodes de prospection et d’exploitation des ressources naturelles ;
  • savoir traiter des problèmes à l'échelle de la croûte et de la lithosphère.

 

Une campagne menée au large d’une côte en Méditerranée permettra par exemple de collecter des données utilisées ensuite par les pays limitrophes pour l’implantation de câbles ou de fibres optiques, pour la pêche, les infrastructures côtières ou encore l’étude du risque sismique ou de tsunamis dans la région.

 

Les différents types de collaboration

L’Université Pierre et Marie Curie travaille avec ses partenaires industriels de manière diversifiée et innovante :

  • Les bourses de thèse CIFRE et les bourses ingénieur sont financées par des compagnies pétrolières (le français Total, le norvégien Statoil…) souvent en collaboration avec le CNRS.
  • Les  groupes recherche/industrie (GRI) accompagnent des thèses, des post-docs, des grands projets d’acquisitions océanographiques… (GRI en cours en Méditerranée et un autre GRI avec Total en Antarctique).
  • Des actions plus nationales sont coordonnées avec le CNRS, les PICS et l’industrie. Un exemple, l’Action Marge regroupe plusieurs laboratoires français qui s’intéressent à la Aux marges océaniques. C’est un consortium entre les PICS (BRGM, Ifremer) et la compagnie pétrolière Total. Le CNRS/Insu apporte une aide à la fois financière et logistique (bateaux). Une trentaine de laboratoires français sont impliqués, dont l’iSTeP coordinateur historique.
  • Des contrats ponctuels privés de haute confidentialité de un à deux ans entre l’UPMC et des compagnies pétrolières permettent le fonctionnement et le financement d’étudiants en Master 2, en thèse ou en contrats d’ingénieurs.
  • Des contrats supranationaux (par exemple avec le Brésil).
  • Des accords avec l’lnstitut français du pétrole et énergies nouvelles (IFPEN) : chaque année, deux à trois étudiants intègrent l’IFP school grâce au sponsoring d’Exxon, Total, Statoil… Par ailleurs l’IFP énergies nouvelles est un acteur actif du parcours Lithosphère-bassin-pétrole (LBP) du master SDUEE de Paris 6.

La formation continue, un vivier de scientifiques

Historiquement, l’océanographie française est née à Villefranche-sur-Mer, première station marine à avoir développé la recherche en géosciences. La plupart des personnes ainsi formées y font de la géologie offshore pour des compagnies pétrolières, des universités ou des grandes écoles. L’Insu/CNRS a ensuite regroupé les forces dans un même laboratoire, GEOAZUR, situé à présent à Sophia-Antipolis. La station propose un cursus estampillé par Exxon Mobile et qui porte sur l’acquisition marine (bateau Insu), le traitement et l’interprétation des données, les campagnes de terrain, l’observation d’objets anciens en affleurement dans l’arrière-pays niçois. D’autres collaborations sont également en cours de construction avec GDF, Total et Petrobras (Brésil), preuve que les collaborations de recherche et formation ont un bel avenir devant elles.

 

***

Quel passé géodynamique de la Mer d’Alborán pour quel devenir ?

 

En 2010, Damien Do Couto a rejoint l’équipe « Évolution et modélisation des bassins sédimentaires » pour un travail de thèse encadré par Christian Gorini, Laurent Jolivet, Jean-Pierre Suc, Christian Blanpied (Total). Un bel exemple de collaboration entre monde académique et milieu industriel.

 

Cette thèse vise tout particulièrement, à travers la restitution verticale et spatiale des surfaces de référence liées à la Crise de salinité messinienne, à quantifier les déformations postérieures et ainsi à apprécier l’influence relative de la tectonique, de l’eustatisme et du climat. Centrée sur la thématique messinienne en mer d’Alborán, le travail inclut la relation terre/mer dans l’enregistrement des dépôts et des surfaces afin d’obtenir une meilleure connaissance de l’évolution sédimentaire et tectonique de la région avant et après la Crise de salinité (contexte structural et lithologique du système pétrolier, remplissage et subsidence).

 

Le travail suit deux grands axes : des études de terrain sur les marges de la mer d’Alborán incluant l’analyse structurale et stratigraphique des bassins émergés péri-Alborán et une analyse structurale et stratigraphique des profils sismiques en domaine d’Alborán. La modélisation en trois dimensions des transitions entre les bassins onshore et offshore permettra de reconstruire en autre, l’évolution de la région pour expliquer le déclenchement de la crise de salinité et le retour aux conditions marines au Pliocène.

 

Pour en savoir plus :

Institut des sciences de la Terre de ParisNouvelle fenêtre



27/09/12