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« Quarante étudiants calédoniens ont déjà rejoint l’UPMC pour poursuivre leurs études »

Catherine Bucherer-Guillermin

Entretien avec Catherine Bucherer-Guillermin, maître de conférences à l’UPMC et coordinatrice du PCEM1 en Nouvelle-Calédonie, de 2001 à 2008.

Vous avez été la coordinatrice du PCEM1 à Nouméa de son ouverture en 2001 jusqu’à cette année, pouvez-vous nous rappeler ce qui a motivé la création de cette première année de médecine en Nouvelle Calédonie ?
Catherine Bucherer-Guillermin
: Le projet a été initié par le Secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer sur la base d’un constat simple : le manque de médecins en Nouvelle-Calédonie, et plus spécifiquement de médecins issus de la population locale et d’origine kanak. A l’époque, en 2001, ils n’étaient que deux docteurs issus de cette population mélanésienne à exercer sur 400 médecins en Nouvelle-Calédonie. A l’origine de cette situation, l’absence de PCEM1 sur place et la difficulté pour les jeunes de rejoindre la métropole pour des raisons financières et organisationnelles. L’idée a donc été de faire venir le PCEM1 à eux. Le Secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer, désireux de s’associer à une grande université parisienne sur ce projet, s’est rapproché de l’UPMC, laquelle s’est montrée d’emblée enthousiaste grâce au doyen de notre faculté de médecine, le professeur Gérard Saillant. Le Ministère de l’Education Nationale a alors apporté son plein soutien au projet. C’est le docteur Catherine Lacombe qui a été chargée du projet à l’UPMC, et qui m’a recrutée comme coordinatrice du projet en Nouvelle-Calédonie.

La prouesse a été de mettre en place à Nouméa, au sein de l’université de la Nouvelle-Calédonie, exactement le même programme que celui assuré à l’UPMC à Paris. Quelle organisation et quels moyens ont-ils été mis en oeuvre pour y parvenir ?
C B-G. : Nous voulons former des étudiants de même niveau que nos étudiants parisiens. C’est la condition forte imposée par la direction de l’UPMC et les doyens successifs de la faculté de médecine. Les enseignements assurés en PCEM 1 sont donc les mêmes à Nouméa et à l’UPMC. La seule différence entre les deux universités, c’est le timing de l’année universitaire qui, hémisphère sud oblige, débute en juin à Nouméa et se termine en février de l’année suivante. Pour « occuper » utilement les étudiants qui décrochent leur bac en décembre de l’année précédente,  nous avons mis en place un semestre (février à juin) préparatoire, comprenant des enseignements de L1 et d’autres en lien direct avec le PCEM1. Pour assurer ensuite des enseignements identiques à ceux de l’UPMC, nous avons initié une organisation pour le moins originale. Ainsi, les enseignements magistraux sont dispensés pour moitié en présentiel  par les enseignants de l’université de la Nouvelle-Calédonie et pour l’autre moitié en présentiel différé par ceux de l’UPMC grâce à leurs cours filmés à Paris et projetés ensuite aux étudiants à Nouméa, en présence du coordinateur. Même principe pour les enseignements dirigés,  assurés, pour certains, en présentiel, par les enseignants calédoniens, et pour d’autres par des enseignants de l’UPMC, en contact avec les étudiants grâce à la visioconférence. Cette formule d’enseignement à distance en « live » plaît beaucoup aux élèves et permet à l’enseignant de faire venir les étudiants au tableau et de les interroger comme s’il était en face d’eux. Enfin, des visioconférences sont également organisées avec des enseignants parisiens en fin de chaque semestre, dans différentes disciplines, et permettent aux étudiants de demander des compléments de cours et de poser de nombreuses questions.

Concernant le concours, un numerus clausus est-il fixé pour le PCEM1 de Nouméa ?
C. B-G. : Oui, nous avons un Numerus Clausus spécifique qui évolue au fil des ans. Ainsi, pour la médecine, sept places étaient offertes en 2007/2008 contre deux seulement en 2002/2003. Afin d’assurer une qualité des études et un niveau des étudiants équivalent à celui de Paris, la sélection des étudiants de Nouméa se fait avec un concours dont les sujets sont donnés et corrigés par les enseignants de l’UPMC. Le niveau des étudiants calédoniens étant très bon, le nombre de demandes d’inscription à ce PCEM1 ayant augmenté, le Numérus Clausus a suivi cette évolution. Cela est dû à la qualité des enseignements et également à la mise en place d’un tutorat proposant des entraînements aux étudiants le souhaitant. Ce tutorat est entièrement gratuit. Les étudiants, encadrés par des enseignants statutaires et des vacataires, ont droit à leurs séances de « colle » - entraînement intensif – à raison de deux heures quotidiennes.

Quel bilan « scolaire » mais aussi quel bilan en terme de désenclavement local tirez-vous de ces sept première années ?
C. B-G. : Depuis la première promotion, quarante étudiants – filières médecine, dentaire, sage-femme et kinésithérapeute confondues – ont rejoint l’UPMC pour poursuivre leurs études. Deux sont en 6e année et préparent  actuellement l’ECN (Examen Classant National). Certains étudiants effectuent des stages au Centre Hospitalo Territorial de Nouméa où ils tissent des liens avec les médecins locaux. Et même si le dispositif PCEM1 à Nouméa n’oblige pas les étudiants à revenir en Nouvelle Calédonie pour exercer, nombre d’entre eux expriment ce désir.

Des expériences similaires sont-elles menées ailleurs ?
C. B-G.
: Oui, une PCEM 1 a ouvert, un an après la nôtre, à Tahiti, en partenariat avec l’université de Bordeaux. Leur fonctionnement est complètement différent  et ne repose pas sur l’enseignement à distance mais sur la venue en mission à Tahiti d’enseignants de la métropole, assurant durant leur séjour limité les cours dans leur discipline. Nous avons préféré la projection de films et les visioconférences qui nous semblent plus pédagogiques et nettement moins onéreux. En Nouvelle-Calédonie, les enseignements des différentes disciplines ne sont ainsi pas concentrés pendant quelques semaines, mais répartis, comme en métropole, sur la durée des semestres.



09/01/09